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Fokus
1/2.2010


 Le collectif genevois créé il y a douze ans revient pour une exposition au Centre d'art contemporain de Genève. Désormais plus que trois à la barre de Klat, Jérôme Massard, Florian Saini et Konstantin Sgouridis rendent hommage à un ver géant venu de l'espace profond. Avant de se lancer, en 2010, dans un nouveau projet participatif : le Broom Club Social.


Klat - et le lombric cosmique


von: Emmanuel Grandjean

  
Tennessee Wiggler · The Big Fat Worm aka Le Lombric Cosmique, Crédit : Centre d'art contemporain, David Gagnebin-de Bons


Ça sent la cour de ferme au troisième étage du Centre d'art contemporain Genève. Ou la vieille caisse de cochon d'Inde oublié, c'est selon. L'odeur qui vous percute le nerf olfactif vient du fond de la salle où des dizaines de bouses sèchent sur des liteaux de bois. «Une fois suspendues», explique Florian Saini, «elles formeront dans l'air un genre de constellation.» Le ciel étoilé qui exhale la cambrouse restant à accrocher, Konstantin Sgouridis et Jérôme Massard tartinent de boue grise une grosse chose qui serpente. Un lombric géant fait de 150 chambres à air de tracteur gonflées à bloc, tendues de toile de jute et recouvertes d'un mélange de motte de terre concassée, de paille et d'eau. Le ver en torchis qui s'enroule sur 400 mètres carrés donne l'impression de passer à travers les murs. Il remet surtout aux affaires le collectif Klat - à qui le Musée d'ethnographie de Genève a commandé un calendrier de l'Avent 2009 psyché-chimérique - qu'on n'avait plus vu se colleter avec pareil projet depuis longtemps. Et pourquoi un lombric ?
Oui d'accord, rendre hommage à un ténia de l'underground, au sens propre, qui suscite à la fois le dégoût mais dont personne n'ignore plus l'utilité, c'est très dans le style de Klat. De la même manière que le feu roulant des références de cet objet bizarre tire tous azimuts vers la sous-culture, la bd, les mangas, le truc un peu lubrique et les cosmogonies inventées (on pense au «Flying Spaghetti Monster» du «pastafarisme»). Konstantin Sgouridis raconte ainsi la projection en campagne de «Worm Eaters» d'Herb Robins («Le régal d'asticot» en VF), film gore de sous série Z où les vers qui envahissent tout transforment la population en être rampant. Un peu comme si Peter Jackson «pimpait» Franz Kafka «avec des types qui se tortillent dans des sacs de couchages en crachant de la mousse à raser». Florian Saini, lui, parle de la tête du monstre - «en fait un four à pizza» - de sa bouche qui crache du feu et de ce ver créé à plusieurs dans l'émulsion et l'improvisation. «Va savoir ce que c'est vraiment. On se met ensemble, on cherche, on gratte et puis petit à petit on trouve un ver de terre.»

gros jouet «beurk»
Sur le plan de construction de la créature copiée d'après la variété Tennessee Wiggle, la plus grosse existante, les Klat rappelle que ce gros corps annelé s'inspire aussi de Kaonashi, le démon sans visage qui boulotte tout dans «Le voyage de Chihiro» d'Hayao Miyazaki, des premiers bouquins de J. G. Ballard et de la capacité de la bestiole molle à transformer les déchets organiques en matière bio. Crade mais éco friendly, le lombric cosmique. «Le ver c'est aussi une sorte d'intestin qui fonctionne en circuit fermé», ajoute Konstantin Sgouridis. «Et puis c'est juste magnifique, esthétiquement parlant», reprend Florain Saini. «Il y avait aussi cette idée que certains vers appartiennent à la catégorie des parasites. Le véhicule idéal lorsque se pose la question de comment investir un espace de cette taille.» Sans parler du côté gros jouet «beurk» qui ravive dans l'hémisphère gauche des souvenirs d'enfance. Sauf que le worm de Klat n'est pas un article de préau, un gentil ver de toutes les couleurs sur lequel on crapahute. Il est gris, pue le bouzin et suinte de partout avec sa couche de graisse à traire qui accentue son aspect gluant «parce qu'autrement, il donnait franchement l'impression d'être mort».
Dans l'expo, il y aussi des galettes de pains qui tombent du plafond sous le groin de la bête. «C'est la troisième fois qu'on utilise ce genre de matériau. Pour la fermeture du Shark on avait fabriqué des grosses mains en pain, des sortes de gants de baseball qui tenaient des boules de poil.» Ces «Bread Hand» pour lesquelles Laurent Godin, marchand d'art à Paris, est tombé raide dingue au point de demander au collectif genevois de les refaire dans son espace de la rue du Grenier. En janvier 2009 les Klat se retrouvaient en galerie après pas mal d'années passées à faire beaucoup d'autre chose que de l'art. Il faut dire que le collectif existe depuis douze ans. Au départ, ils étaient cinq, tous étudiants à l'École des beaux-arts, invités par Forde, l'espace d'art contemporain de l'Usine. Ils mettent alors en scène un happening-camping en se barricadant pendant 24 heures dans un terrain vague. «Klat 1440'» - soit le nombre de minutes contenues dans une journée - la performance en vase clos se visite depuis les fenêtres de Forde, situées juste en face. Forde que les Klat géreront droit derrière pendant deux ans, organisant concerts, Dj Battle, accrochages collectifs et choc des cultures en remixant salon de tatouage et art contemporain.

De l'happening-camping au Broom Club Social
Entre 2002 et 2006, le collectif lève le pied. Il va ensuite gérer le Shark sur le site d'Artamis. Lieu dédié à la fois aux expos et aux concerts, aux films expérimentaux et aux soirées à thèmes, avant de disparaître sous les machines de chantier. «On s'est occupé du Shark pendant trois ans. Un boulot énorme qui nous a bien fait sué», continue Florian Saini. «Au Centre d'Art Contemporain, c'est la première fois qu'on se retrouve dans un contexte artistique de cette ampleur.» À vue de nez depuis la fanzinothèque au Mamco en 1999. Un bail. Dans l'intervalle, il y a quand même eu «La Ruche de Colony Collapse Disorder» en 2007. Une maison en plexi remplie de miel liquide et d'abeilles mortes engluées - version fatale de la sculpture sociale de Joseph Beuys - présentée aux Bourses Lissignol par ce groupe chez qui les membres perdus en route n'ont jamais été remplacés. Partie il y a un peu plus d'un an, Andréa Lapsezon se consacre désormais à ses projets personaux. «C'est un mode de fonctionnement qu'on aimerait justement changer», explique Konstantin Sgouridis.
En 2010, Klat se lance dans un nouveau projet collectif : «Le Broom Club Social qui occupera le même corps de bâtiment que le Shark. On collaborera avec Diego Castro et Dunja Stanic. Ce sera sera plus polyvalent, moins perçu comme un lieu uniquement dédié aux expositions», précise Konstantin Sgouridis qui poursuit, par ailleurs, son travail de dessin et de peinture tandis que Jérôme Massard, travaille comme graphiste dans un quotidien genevois et que Florian Saini tourne avec Mossuraya - la mite-thermonucléaire - groupe de punk-grind qui tronçonne un rock-gaudriole de l'extrême jusque dans les îles de Bornéo.

Emmanuel Grandjean, journaliste culturel et critique d'art, vit et travaille à Genève.



Bis: 14.02.2010


«Tennessee Wiggler The Big Fat Worm aka Le Lombric Cosmique», Centre d'art contemporain Genève



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Ausgabe 1/2  2010
Institutionen Centre d'Art Contemporain [Genève/Schweiz]
Autor/in Emmanuel Grandjean
Künstler/in Klat
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