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Fokus
3.2010


 Nicole Kaech et Miguel Sanchez ont ouvert en 1996 la galerie Stargazer sur le site d'Artamis à Genève, où ils ont exposé une cinquantaine d'artistes locaux, souvent pour leur première exposition personnelle. Depuis l'automne 2008, ils ont emménagé dans un bâtiment où ils côtoient aussi des ateliers d'artistes. Rencontre du troisième type au sous-sol.


Galerie Stargazer - Tenir un espace d'art avec presque rien


von: Sophia Bulliard

  
links: Nicole Kaech et Miguel Sanchez · collage (détail), 2006. Courtesy galerie Stargazer
rechts: Nicole Kaech et Miguel Sanchez · Galerie Stargazer, 2009


Il faut être diablement bien informé pour découvrir à Genève la discrète galerie Stargazer, installée à l'avenue Ernest-Pictet depuis 2008. En 1996, Nicole Kaech et Miguel Sanchez ouvrent cet espace d'expositions à Artamis sur le boulevard Saint-Georges, site détruit depuis 2009 : un vaste terrain qui abritait des ateliers d'artistes, des bars, des salles de concerts et d'expositions (Stargazer et aussi la Fosse).

Les astronomes
Stargazer ? Parmi d'autres sources, le mot est tiré d'un épisode du cartoon américain «Felix the Cat», écrit sur une boîte : la demeure de l'astronome. Il en sort avec son télescope, version made in USA du professeur Tournesol. De ce dernier, Nicole et Miguel ont tout l'air d'être les neveux : la quarantaine, l'oeil vif, passionnés de science-fiction, ils étalent une image de soucoupe volante sur leur site internet, image qu'ils utilisent de façon récurrente et incarne leur signature. En 2006, ils réalisent un collage où l'on retrouve un ovni au-dessus de la statue équestre du Général Dufour, figure et monument symbolique de Genève. Le terme «stargazer» et l'image de soucoupe façon seventies résument la fascination qu'exerce sur eux le domaine de l'astronomie, de la NASA à Mars attacks.
Le couple Stargazer se couche tard et pense vite. Leur programmation se fait sans contraintes commerciales, en fonction de la pertinence des projets, des rencontres et des propositions. La dimension éthique est primordiale et la ligne est claire : chaque projet, inédit, est spécifique au lieu. La galerie présente notamment des jeunes artistes, discrets eux aussi, mais que l'on retrouve parfois quelques années après leur passage à Stargazer dans des institutions genevoises ou des galeries du quartier des Bains, comme Marie Velardi, Frédéric Post ou Izet Sheshivari. Le choix des artistes se fait de plusieurs manières : par relation amicale, sur projet ou sur proposition de leur part. À croire que toute la scène genevoise d'artistes émergents, qu'ils soient tout juste sortis de la Haute École d'Art et de Design (comme Angela Marzullo en 1999), ou plus «assis» (comme Laurent Faulon et Delphine Reist en 2007), est passée entre les murs de la galerie Stargazer.

Une galerie ?
Ici, l'exposition est vue et éprouvée comme une expérimentation. Les oeuvres, produites sur place et pour l'occasion, se révèlent souvent invendables : monumentales, in situ, éphémères, apparemment sans valeur. Autant dire qu'en quatorze ans, la galerie Stargazer a vendu peu de pièces, d'autant plus qu'ils renoncent la plupart du temps à toute commission sur la vente d'oeuvres, en mettant en contact direct artistes et clients. Peut-on alors parler véritablement de galerie ? À vrai dire, ils n'aiment pas le terme curateur. «Cela paraît démesuré par rapport à notre travail», explique Nicole, «nous imaginons plus un curateur comme une personne combinant différentes oeuvres dans le cadre d'une exposition collective ou d'une rétrospective». La galerie est «un lieu de passage pour se retrouver», dit Miguel. Mais ils n'hésitent pas à agir comme artistes et à s'exposer eux-mêmes parfois, et c'est là leur particularité. Ils ont participé aux 50 Journées de la Photographie, Genève en 2006, mais ils considèrent leur pratique artistique épisodique comme un «hobby».
Nicole Kaech, camerawoman, webdesigner, et Miguel Sanchez, qui écrit des essais et de la poésie, se sont bien trouvés. Si Nicole se dit influencée par l'art conceptuel et la photographie contemporaine, Miguel se dit marqué par le pop art et les avant-gardes américaines des années 1960. On pourrait parler des heures avec eux de Marcel Duchamp, de William S. Burroughs, de punk américain, d'experiments spiritistes et de phénomènes paranormaux.
La galerie Stargazer se sépare en deux parties distinctes, sur le modèle des gale­ries des années 1960 : l'espace d'exposition (un abri anti-atomique) et le bureau (un ancien local de conciergerie). On a moins la sensation étouffante d'un bunker que l'impression d'un décor de film : entre «Solaris» et «Drôle d'endroit pour une rencontre». La proximité avec des ateliers d'artistes est fondamentale : elle offre l'occasion de rencontres inépuisables. La grande force des galeristes réside dans leur convivialité et dans les amitiés qu'ils entretiennent. Ils revendiquent une certaine paresse, et un absolu low budget : en 2009, ils touchent pour la première fois dans l'existence de Stargazer une subvention de la ville, destinée à couvrir les frais de loyer. Ils se sont toujours autofinancés. Généralement, ils assurent les buffets des vernissages et finissages, et la production des pièces est à la charge de l'artiste. Là encore, il y a des exceptions : ils sont parfois prêts à s'endetter pour qu'un projet se fasse.

Une fois dans l'Ouest
Si Miguel a été marqué par le film d'Elia Kazan «À l'est d'Eden», reflet d'un monde sans pitié, il préfère retourner l'expression et dira : «à l'ouest d'Eden». «L'ouest» impose de suite un côté western et fait émerger le Far West : des histoires de ruées, de truands, de romances et de catastrophes. Miguel évoque à ce propos l'exposition de Delphine Reist à Stargazer, alors que Mir, «sa» galerie, avait brulé au même moment ; l'enchaînement des circonstances, la brutalité des faits et les rebondissements.
Galeristes ratés, curateurs exigeants, artistes à leurs heures, éditeurs sporadiques, Nicole et Miguel sont surtout de précieux conseillers : des artistes en panne d'inspiration viennent fréquemment les consulter. Là non plus, ils n'en tirent aucun profit, mais se délectent de ces riches échanges.
Low budget, low profiles, une programmation de qualité en toute modestie, avec une persévérance de coureur de fond, et qui draine son cortège de fidèles sur le plan local. Les étudiants et enseignants d'art, les artistes et les curieux sont leur public.
Dans leur local au sous-sol, la galerie Stargazer accueillera en mars un autre couple, Murièle Begert et Cicero Egli, pour une installation médias mixtes inspirée du protagoniste des «Carnets du Sous-sol» de F. M. Dostoïevski.

Sophia Bulliard, Vidéaste, journaliste, co-éditrice de la revue Daté.

Murièle Begert et Cicero Egli, «Vous avez foi en un palais de cristal à jamais indestructible»,
du 6. au 26.3. Finissage : vendredi 26.3., avec lectures dès 20h. Stargazer, 28-30, avenue Ernest-Pictet, 1203 Genève


Murièle Begert et Cicero Egli, «Vous avez foi en un palais de cristal à jamais indestructible», du 6. au 26.3. Finissage : vendredi 26.3., avec lectures dès 20h. Stargazer, 28-30, avenue Ernest-Pictet, 1203 Genève



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Ausgabe 3  2010
Institutionen Galerie Stargazer [Genève/Schweiz]
Autor/in Sophia Bulliard
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