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Fokus
7/8.2010


 Véronique Goël réalise films et vidéos depuis la fin des années 1970. Sa pratique de composition et de montage est réinvestie dans le travail photographique développé ces quinze dernières années. «Décartographie» expose ces approches complémentaires issus d'un séjour de six mois à Barcelone à partir de problématiques liées à l'archive.


Véronique Goël - un espace urbain déplié


von: Geneviève Loup

  
links: Masamor, photomontage, détail, 2008
rechts: Interférence, 2005-2010, impression jet d'encre sur papier, 148 x 210 cm


En 2004, durant son séjour à Barcelone, Véronique Goël se confronte à l'organisation géographique et aux opérations de transformation d'un territoire qui lui était jusque là complètement inconnu. Au travers de ses recherches sur l'histoire politique et sociale de la ville, elle découvre la spécificité de chaque quartier. De la résidence située en Vieille Ville, partie destinée au tourisme, elle explore celle du Poblenou, ancien site de production industrielle qui, en dépit d'avoir fait la richesse économique de Barcelone, s'est vu détruit puis reconstruit au cours des vingt dernières années. Les images prises dans l'espace urbain sont mises en perspective par le recours à différents documents, retraçant ainsi les étapes des réaménagements urbains.
Présentée dans le contexte des «50 Jours pour la Photographie à Genève», édition intitulée «La revanche de l'archive photographique», l'exposition «Décartographie» reconstitue une topographie possible d'une mémoire collective à partir d'indices repérés dans le territoire urbain. Inscrites dans l'espace de la Médiathèque, installations photographiques et vidéos sont mises en relation avec le matériau de travail disposé dans deux vitrines ; différents documents rendent compte des modifications historiques intervenues dans la ville : ouvrages, cartes, photographies, articles et publicités, matière de recherche qui apparaît dans la vidéo «Poble No».

Cartographier et déconstruire
Introduit par un plan de la ville qui rend compte des zones de transformations, «Poble No», 2007, expose les passages du construit au détruit au travers de travellings latéraux et de panoramiques. Les façades d'immeubles qui se succèdent le long des rues se voient régulièrement fendues par l'apparition brutale des percées de terrains en friche. En parallèle et en alternance, une voix over et un texte défilant en surimpression exposent un ensemble de données statistiques lacunaires qui identifie quelques causes de ces chantiers. La croissance exponentielle du nombre d'habitants à différentes périodes du 20e siècle est mise en relation avec la délocalisation des entreprises. Par ailleurs, à l'investissement engagé par la collectivité dans les infrastructures publiques répond la démesure des bénéfices de secteurs privés qui placent leurs capitaux dans la construction de nouvelles surfaces commerciales et d'appartements, avec pour conséquence, la violente augmentation des prix des logements. Ces textes prennent une autre dimension lorsqu'ils interviennent dans la suite de photographies d'archives en noir et blanc ; l'observation pénétrante de la caméra se déploie dans différentes directions, élargissant l'espace-temps.
«Agbar», 2005, juxtapose des lectures en différentes langues de discours publicitaires qui présentent Barcelone comme une capitale internationale. Puis, l'énumération des fonctions des étages de la tour construite par l'architecte Jean Nouvel rend compte de la répartition particulièrement hiérarchisée du personnel au sein de ce bâtiment. Tandis que ces différents énoncés passent sous silence la question de l'inscription du bâtiment dans un contexte urbain, politique et social, la composition des quatre plans fixes - dont trois paraissent similaires - la suggèrent. Par leur durée et de légers recadrages, les images sollicitent l'attention de sorte à approfondir la lecture des variations et détails.

Un parcours dans l'espace
Induisant un parcours mobile analogue à un travelling, les doubles bandes photographiques d'«Hotel Comercio», 2007-2010, collées le long de deux murs de la pièce impliquent différents niveaux de lecture par l'association d'images essentiellement prises dans le centre historique et du texte composé d'extraits de données économiques, sociales et politiques tirés d'articles de journaux. Ce parcours offre le rythme d'une circulation propre au travail analytique. Les rapports contrastés entre ordre et désordre publics liés entre autres au tourisme révèlent l'opposition entre la tentative de faire disparaître ce qui ne correspond pas à une représentation idéalisée de l'espace urbain par un nettoyage incessant et les revers de la réalité perceptibles par la présence des sans-abris.
Un autre aspect de l'espace urbain, la saturation visuelle propre au panneau d'affichage, fait l'objet de l'installation photographique «Masamor», 2008-2010. Collé à même le mur, le photomontage juxtapose aux surfaces publicitaires essentiellement liées au marché immobilier l'alternance entre volumes complexes des bâtiments et terrains dévastés. Cette opposition travaille également les rapports entre les nouvelles constructions immaculées, les couleurs criades des graffitis et l'accumulation excessive de placards publicitaires.
Dans la photographie «Interférence», 2005-2010, ces tensions visuelles sont encore manifestes. De par ses stores baissés, la vitrine qui attire habituellement l'attention laisse place à la visibilité d'une présence à peine remarquée. L'angle d'une façade cerne un corps allongé recouvert d'une couverture grise. L'intervention discrète mais dissonante de cette figure arrête le regard dans son parcours.
De par leur construction, les différentes oeuvres de Véronique Goël rendent compte des stratégies mises en oeuvre pour prendre possession de l'espace public par des enjeux de visibilité. Architectures, passages, vitrines, panneaux d'affichages et graffitis font l'objet d'un contrepoint entre ce qui se trouve au premier plan et ce qui est relégué à l'arrière-plan.
Les enregistrements photographique et cinématographique développent des formes spécifiques. Tandis que le film structure le temps et l'espace à différentes échelles, générales et singulières, sociales et psychologiques, articulant modalités énonciatives du sujet et continuum de la réalité historique, la photographie travaille une discontinuité spatiale des points de vue. Confronté à ces approches multiples, le visiteur discerne ce qui dans la répétition génère de la singularité.

Geneviève Loup est historienne de l'art, enseignante à la HEAD et à l'ECAV



Véronique Goël (*1951, Rolle) vit à Genève
1976-1979 École des Beaux-Arts, Lausanne et École supérieure d'arts visuels, Genève
1982-1989 vit et travaille à Londres

Expositions et festivals (sélection)
2010 «Décartographie», Médiathèque/50JPG, Genève
2009 «So Long No See», Festival International du film de Locarno/Viennale
2008 «Masamor», Bex & Arts, Triennale de sculpture, Bex
2007 «Interférence», Forum d'art contemporain, Sierre
2005 «Agbar», Rencontres internationales, Paris-Berlin
2002 «Fugue», Bex & Arts, Triennale de sculpture, Bex
2000 «Mémento», Salle Crosnier, Genève



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Ausgabe 7/8  2010
Autor/in Geneviève Loup
Künstler/in Véronique Goel
Link http://www.veronique-goel.net
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