Links zum Text und die Möglichkeit, diese Seite weiterzusenden, finden Sie am Ende dieser Seite


Fokus
9.2010


 Danseuse et chorégraphe, Trisha Brown a toujours frayé avec les arts plastiques, lors de fréquentes collaborations avec les artistes et par sa pratique du dessin. L'idée de devenir peintre l'a même longuement accompagnée au début de sa carrière avant qu'elle ne se décide à ­aller vers « ce qu'elle connaissait le mieux », la danse.


Trisha Brown - Chorégraphier, danser, dessiner, pourquoi faudrait-il choisir ?


von: Françoise Ninghetto

  
links: Trisha Brown réalisant un dessin-performance, Philadelphia Museum of Art, 2003 © Kelly & Massa Studio
rechts: Trisha Brown · Spanish Dance (Line Up), 1979, Vidéo (couleur, son) Durée 14' © Walker Art Center Archives, Minneapolis


À New York, les années 1960 furent particulièrement effervescentes : une période, entre utopie et révolte, de recherche du bonheur dans la désillusion de la guerre. Face à la guerre du Vietnam, à la guerre froide et la crise des missiles cubains, les communautés, estudiantines et artistiques en particulier, se sont constitués contre les décisions gouvernementales. L'idée de liberté, l'anticonservatisme éloigna les arts de tout concept narratif et émotionnel et favorisa une attitude de recherche et d'expérimentations. Il régnait alors un esprit d'ouverture et de décloisonnement qui faisait se rencontrer artistes, écrivains, musiciens ou scientifiques. Un dynamisme artistique auquel participèrent activement les jeunes danseurs qui se retrouvèrent au Judson Memorial Church entre 1962 et 1964. « [...] Ce fut, se rappelle Trisha Brown, une très riche période d'échanges entre les arts visuels et la danse. Ce qui m'importait, c'était de regarder, d'écouter et d'apprendre à connaître. [...] J'allais voir les expositions de ces artistes et ils m'expliquaient ce qu'ils faisaient. C'était vivant, anarchique, essentiel. Puis les artistes sont venus au Judson, surtout dans la dernière période, et ont participé très activement aux spectacles.»

Libre plaisir du geste

Aucune esthétique monolithique ne fut élaborée. L'accent était mis sur les procédés qui prennent en compte la liberté, le « travail en direct » comme les performances et les improvisations durant lesquelles les danseurs parlaient entre eux de se qu'ils étaient en train de faire, disaient une chose et en faisaient une autre... Trisha Brown cherchait à repousser les limites du mouvement et a transformé la danse moderne d'une manière définitive en rendant au geste son naturel. En écho aux chorégraphies d'Anna Halprin qu'elle a côtoyée, ses premières créations sont des improvisations structurées sur l'exploration d'un mouvement et s'intéressent aux gestes quotidiens, tous dignes de composer une chorégraphie - s'habiller, se déshabiller, marcher, monter sur une échelle, s'asseoir, rester immobile, boire du café - pour autant qu'ils se soient pas pantomimiques mais mouvement pur, c'est-à-dire « un mouvement sans autre connotation ». Les mouvements sont assemblés les uns après les autres sans aucun a priori, en articulant fréquemment des structures mathématiques et géométriques, parfois en incorporant la parole.
En fondant sa compagnie en 1970 (qui restera exclusivement féminine pendant neuf ans), elle s'écarte des conventions scéniques, lumière, costumes et décors, en créant des pièces, les «Early Works», les «Equipments», les «Accumulations», sans musique, spécialement conçues pour les toits et les façades du quartier de Soho, ou pour les parcs. Les danseuses répètent inlassablement des gestes - la répétition, le sériel comme en art minimal la répétition des modules.

Toujours expérimenter

Il est difficile de définir un « style Trisha Brown » car, fidèle à son intérêt pour ce qu'elle ne connaît pas, elle n'a cessé d'expérimenter. Depuis la « période Judson », pas d'enfermement dans le passé. Seule la recherche de la « danse pure, le geste juste », pourrait rester sa marque de reconnaissance. Le mouvement, d'une rare fluidité chez elle, est toujours source d'inventivité et de composition, mais aussi de pensée. Sans elle, avoue-t-elle, « il n'y a que des exploits physiques ». Elle a osé une danse abstraite, minimaliste, tout en rupture mais elle a aussi synthétisé la plupart des procédures nouvelles de la performance, de l'improvisation et de la danse-contact. Puis, comparant sa démarche à celle d'un peintre abstrait qui reviendrait à la figuration, elle, qui avait longtemps refusé la musique dans ses pièces, a ouvert son travail à la musique classique, au jazz et à l'opéra.
Ses liens avec les artistes plasticiens furent et sont toujours importants, avec ceux qui participèrent activement aux événements du Judson Memorial Church - Robert Morris, La Monte Young, Carolee Schneemann, Alex Hay - ainsi que, au fil des années, Donald Judd, Fujiko Najaka, Nancy Graves, Laurie Andersen et Terry Winters. C'est avec Robert Rauschenberg que la collaboration fut la plus fidèle et régulière. Elle débuta en 1979 avec «Glacial Decoy» pour laquelle Rauschenberg réalisa les décors et les costumes. Leur parcours en commun s'est achevé en 1994 avec un solo ébouriffant, «If You Couldn't See Me», où Trisha Brown dansait uniquement de dos.

Une trace graphique

Depuis quelques années, le travail de Trisha Brown est régulièrement présenté dans des musées - en coïncidence, parfois, avec un festival de danse. Ses premiers travaux, bien sûr, en proximité immédiate avec des artistes conceptuels (Yvonne Rainer, Bruce Nauman ou Joan Jonas) et minimalistes ainsi que ses collaborations ultérieures montrées en vidéo avec, en général, un programme de reprises de ses chorégraphies. Ces expositions présentent également ce qu'on connaît moins, son travail plastique - principalement des dessins. Enfant, le dessin était pour elle un moyen de combler les nuits où le sommeil de venait pas. Devenue chorégraphe, elle commença à faire des dessins schématiques pour ses danses sur du papier quadrillé. Elle ne les considérait pas comme des notations chorégraphiques mais s'en servait pour montrer à ses danseurs « l'infrastructure de ses pensées, pour pousser les choses plus loin ». Peu à peu, leur format s'est modifié jusqu'à devenir dessin de fond de scène, comme très récemment cette grande toile presque blanche, hormis des traits noirs et bleus esquissés au fusain pour « Hippolyte et Aricie » de Jean-Philippe Rameau. Des mouvements des danseurs qui dessinent dans l'espace, Trisha Brown a rabattu la troisième dimension sur une surface plane. Déroulant une grande feuille de papier (environ quatre mètres sur trois), elle s'est livrée à l'expérience de tracer à l'aide de bâtons de pastel noir sur la feuille blanche les mouvements de son corps. Cette performance «It's a Draw» (C'est un dessin) semble constituer un aboutissement de ses oeuvres dans lesquelles le mouvement produit une trace graphique. Il s'agit toujours, pour elle, de se confronter au mystère de l'espace - que ce soit la scène ou la feuille de papier. Sans doute, mais le résultat plastique est moins convaincant.

Françoise Ninghetto est historienne de l'art et conservateur au Mamco.


Bis: 31.12.2010


Trisha Brown (*1936, Aberdeen, Washington)

Expositions récentes
Expositions récentes
2003 White Cube, Londres
2004 New Museum of Contemporary Art, New York
2007 Documenta 12, Kassel
2008 Walker Art Center Minneapolis
2009 Biennale de Venise

Expositions récentes
Trisha Brown, «So That the Audience Does Not Know Whether I Have Stopped Dancing - Pour que le pubilc ne sache pas que je pourrais avoir cesser de danser», Musée d'art contemporain de Lyon, catalogue en anglais



Links

Anfang Zurück zum Anfang
Ausgabe 9  2010
Ausstellungen Trisha Brown [11.09.10-02.01.11]
Institutionen Musée d'art contemporain Lyon [Lyon/Frankreich]
Autor/in Françoise Ninghetto
Künstler/in Trisha Brown
Link http://www.trishabrowncompany.org
Weitersenden http://www.kunstbulletin.ch/router.cfm?a=100829112225U0F-5
Geben Sie diesen Link an, falls Sie diesen Eintrag weitersenden möchten.