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Fokus
12.2010


 Le Mamco à Genève consacre une exposition à IFP (Information Fiction Publicité), cette « agence de l'art » active entre 1984 et 1994. L'ex-trio, devenu duo, s'est défini d'emblée comme une personne morale permettant à différentes personnes physiques de ne pas avoir à se situer immédiatement en tant qu'« artistes ».


IFP - alternative à ART


von: Gauthier Huber

  
links: IFP (Information Fiction Publicité), Plein Feu, 1987, coll. Fonds national d'art contemporain, Ministère de la culture et de la communication, Paris
rechts: IFP (Information Fiction Publicité), Grande Surface, 1987-2010, coll. Le Consortium, Dijon


Jean-François Brun et Dominique Pasqualini, membres fondateurs du groupe auquel fut brièvement associé Philippe Thomas, se retournent aujourd’hui sur un passé glorieux dont l’énergie souterraine, toujours vivace, pose avec l’exposition du Mamco de nouvelles questions à la culture médiatique.
Les années 1980, au cours desquelles IFP est apparu, faisaient la part belle à une peinture « graisseuse » et débordante de pathos. Années opulentes. La culture médiatique avait les moyens de ses ambitions ; artistes et publicitaires vivaient bien. Mais le ver était déjà dans le fruit, car un milieu de l’art plus exigeant s’organisait dans de nouveaux lieux, annonçant l’austérité relative de la décennie suivante. Dès le début, IFP s’est énoncé comme un programme : repenser le fait artistique et condamner les fausses croyances attachées aux notions d’auteur, d’inspiration ou encore d’unicité de l’œuvre. Le tour de force d’IFP a consisté à problématiser tout cela en amont, dans son patronyme même. Une idée si efficace, relève Anne Tronche, qu’elle semblait évacuer d’avance l’existence d’une œuvre ou, encore, en minimiser la portée, voire le rôle.

Formes du langage
Cette œuvre a commencé par une pose d’affichettes dans les rues de Paris, puis de New York. Les mots « Talent is useless », puis « INFORMATION FICTION PUBLICITÉ », joliment typographiés, formaient leur unique contenu. Mais déjà, il y avait là une incursion sur un nouveau territoire, celui de la publicité – au sens étroit, mais également au sens large de « ce qui est public ». On dirait aujourd’hui d’IFP qu’il faisait du branding avant l’heure, une capitalisation sur la marque. Mais celle-ci se confondait avec le message, pour ne laisser au final rayonner que le médium « affichage », le produit absent et de brûlantes questions. « Je n’épaissirai pas le mystère de cette organisation en prétendant qu’elle est fondée sur deux négativités : l’une associant le propos artistique à un dispositif de présentation, l’autre de résistance mettant en forme une situation critique pour le regard », notait encore Anne Tronche. En réalité, c’est dans le langage qu’IFP a tout de suite placé le débat. Les formes utilisées n’étant qu’un moyen de rendre visible une idée. « Il n’est pas certain que l’art renferme quoi que ce soit. Sa matière (…) serait aussi bien une forme. Donner un peu de matière à une forme (une idée) ou inversement rendre la matière intelligente, c’est-à-dire sensible, sans doute est-ce là le jeu auquel l’artiste s’emploie » (IFP). Héritier de l’art minimal, celui-ci a compris que les matériaux, dans le champ de l’art, sont investis par les mots et l’expérience que l’on en a fait, que l’on en fait et que l’on en fera (pari spéculatif) bien davantage que par leur apparence, leur poids ou leur épaisseur. Dès ses premières expositions, il portera ainsi son choix sur des éléments génériques de l’art, mais également de la publicité, de l’univers médiatique en général, et posera la question : « Y a-t-il un possible de l’art qui n’ait pas à se façonner sur le modèle générique de l’exposition ? ».

Fiction passé/présent
L’exposition du Mamco, initiée par David Perreau et réunissant sous le titre ‹L’Épreuve du jour› des ensembles significatifs de la production d’IFP, se déploie dans l’ensemble des salles avec une grande fluidité. À tel point qu’elle exige du spectateur un effort d’imagination et de distanciation pour entrevoir ce qu’a pu être l’impact de ces mêmes œuvres quand elles s’énonçaient de manière individuelle et en prise directe avec une autre actualité. De nos jours, le caisson lumineux, dont IFP se fit rapidement une spécialité, a perdu de sa splendeur dans la communication urbaine.
Au Mamco, disposés avec parcimonie dans une très longue salle, ils apparaissent comme des fenêtres éclairantes-éclairées, aux murs et au plafond. Leur impact, par la fiction quasi cinématographique qu’ils mettent en place, n’est pas moindre que ce qu’il a pu être à l’époque. Il est cependant différent. On dirait presque de ces caissons qu’ils contiennent leur époque, tels des mémoriams de leur propre actualité passée. Cette impression de désuétude liée au médium est cependant vite démentie par le pouvoir questionnant toujours très actuel des trois mots programmatiques qu’ils continuent de véhiculer. Trois mots qui transportent, par la matière lumineuse qui les soutient, la fiction du passé vers le présent. Trois mots que l’on retrouve en logo, dans d’autres travaux, sur les supports du mur – peinture murale du pictogramme « bancomat » ou de la bâche.
Dans un autre registre, une œuvre constituée de strapontins fixés sur le mur à la manière d’un tableau de Niele Toroni, questionne l’espace d’exposition en incitant le spectateur à s’asseoir sur le mur et adopter ainsi le point de vue de l’œuvre elle-même. D’autres ont un peu vieilli, soit par l’articulation compliquée des matériaux ou l’abondance de leur filiation, photographies d’écrans TV. L’œuvre emblématique d’IFP, quant à elle, constituée d’un plateau rotatif siglé des trois initiales placé sur un socle de béton, reste efficace. Est-ce par sa simplicité formelle, sa mobilité toujours aussi indifférente au monde qui l’entoure ?
Il y a enfin, dans une autre salle, un mur d’affiches publicitaires, qu’IFP a obtenues par des agences de Suisse romande. Le fait que les affiches soient récentes, pour la plupart en cours de campagne, fait du musée une extension de l’espace public –
et vice versa. « Pourquoi vouloir s’attarder devant une image, alors qu’on assiste aujourd’hui à un défilement de plus en plus accéléré des images ? », s’interrogeait IFP à la fin des années 1980. Une question qui a gagné en pertinence aujourd’hui, en regard du flux ininterrompu des images qui s’imposent à nous ou que l’on puise a satiété dans les espaces virtuels. Sur les sites interactifs, à l’image de Facebook, ces images n’ont-elles pas perdu toute valeur contemplative au profit de ce qui, en elles, relève de la pure communication, d’une fiction organisée par chacun à l’intention de tous ?

Gauthier Huber (*1971, vit à Genève) artiste et curateur indépendant.

Bis: 16.01.2011



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Ausgabe 12  2010
Ausstellungen Information Fiction Publicité (IFP) [20.10.10-16.01.11]
Institutionen Mamco Genève [Genève/Schweiz]
Autor/in Gauthier Huber
Künstler/in IFP
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