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Fokus
7/8.2011


 Avec ses innombrables lieux d'exposition la Biennale de Venise s'apparente à une pieuvre. Musées, palais, églises et même les îles de la lagune font partie de l'événement. Dans ce bourgeonnement infini, le visiteur, alléché par le titre de la manifestation - ILLUMInations -, recherche lumière et singularités nationales. Les deux thèmes sont au rendez-vous.


Biennale de Venise - Une pieuvre sur la lagune


von: Séverine Fromaigeat

  
links: Adrian Villár Rojas · The Eternal Butterflies, 2010. clay (unfired), cement, burlap and wood. Courtesy Galeria Casas Riegner, Bogota. Photos: Werner Egli
rechts: Sigalit Landau · One Man's Floor Is Another Man's Feelings, 2011. Courtesy Kamel Mennour, Paris


Depuis 1999, la Biennale accueille non seulement les pavillons de différents pays, mais aussi une exposition internationale organisée par un curateur. Cette année sous la direction de Bice Curiger, les longs couloirs de l'Arsenal et le pavillon central des Giardini di Castello présentent les oeuvres de quelques quatre-vingt-trois artistes et autant de regards sur le monde, confirmant le rôle bisannuel de Venise comme laboratoire de la modernité artistique. L'une des propositions ingénieuses de l'exposition de Curiger se trouve dans les quatre para-pavillons imaginés et conçus par des artistes pour abriter de mini-expositions. Ces structures architecturales et sculpturales figurent en quelque sorte une réponse antinomique et néanmoins complémentaire aux pavillons nationaux. À l'opposé d'un white cube, la maison familiale de Song Dong, l'architecture en étoile aux parois tapissées de papier peint de Monika Sosnowska ou encore la reconstitution de sa cuisine par Franz West révèlent des atmosphères habitées et permettent de rompre avec la gigantesque enfilade de salles et d'oeuvres en hébergeant des corpus artistiques plus restreints.
Si le titre de l'exposition lui permet de se déployer en de multiples directions, il est cependant difficile de ne pas tomber dans son illustration littérale. L'émerveillement tient parfois plus des couleurs vénitiennes que des illuminations rimbaldiennes. La présence de trois toiles du Tintoretto, dont la lumière fébrile et extatique instille un ravissement puissant, ne suffit pas à absoudre un art qui se fait souvent trop com­plaisant avec lui-même. Curiger réussit pourtant à faire tenir visuellement et conceptuellement une immense exposition, dont l'ensemble reste harmonieux et cohérent.
Quant aux pavillons nationaux, ce sont les oeuvres monumentales, qui retiennent l'attention. Comme celle de l'Allemand Christoph Schlingensief, mort en 2010 avec son église Fluxus grandiloquente et ironique, celle de Mike Neslon, qui reconstitue avec une exactitude déconcertante le sombre labyrinthe d'une fabrique stambouliote ou encore avec l'installation de Thomas Hirschhorn, tout en cristal et papier argenté, mais dont le propos se fait étouffant à force de se répéter. Quant à l'Argentin Adrian Villar Rojas, il élève une forêt de sculptures en terre et ciment, des hybrides rétro-futuristes qui impressionnent par leur monstruosité maîtrisée. Gigantisme encore avec la structure en échafaudages de Boltanski, auquel on préfère le regard facétieux d'Urs Fischer sur l'art du passé, avec ses statues en cire à l'existence éphémère.
Alors que l'idée du pavillon national peut sembler obsolète, la plus ancienne biennale d'art démontre que la pluralité des perspectives artistiques cohabitent sans velléité hégémonique, ce qui donne toute sa saveur à cette spécialité vénitienne.

Markus Schinwald
Pavillon autrichien, Giardini - Markus Schinwald (*1973, Salzburg) s'est attelé à remodeler l'espace du pavillon autrichien. Dès l'entrée, deux panneaux de six mètres de haut rompent avec la stricte architecture horizontale de l'édifice et en perturbent l'appréhension. À l'intérieur, une structure composée de parois et de cubes blancs fixés au plafond découpe et recompose la distribution des salles, contraignant la déambulation du visiteur. Insérés selon des axes verticaux, les blocs tombés du ciel dessinent un labyrinthe géométrique qui semble flotter dans les airs, laissant entre­voir un espace ajouré à hauteur de jambes. Des découvertes inattendues viennent peupler la neutralité blanche de l'édifice : au détour d'une paroi, un tableau apparaît, réminiscence d'un portrait du XIXe siècle retouché par Schinwald; en hauteur, des objets en bois à la fonction indéterminée s'enroulent sur les murs; deux vidéos montrent des protagonistes évoluant dans l'édifice en ruine d'une brasserie abandonnée, en prise avec une réalité altérée, dans des situations absurdes ou oniriques. Ces éléments instillent leur étrangeté au gré des brèches et des creux de l'espace fragmenté. Ils s'apparentent à des projections psychiques évadées d'un esprit facétieux, agents perturbateurs d'une expérience spatio-temporelle singulière.

Sigalit Landau
Pavillon israélien, Giardini - Dans un pavillon à l'architecture moderniste inspiré du Bauhaus, auquel Sigalit Landau (*1969, Jerusalem) ne craint pas de s'attaquer, le parcours commence par ce qui ressemble à une salle des machines. Une partie du rez-de-chaussée a été éventrée et le sol creusé, comme par une opération chirurgicale, laissant entrevoir un circuit de canalisations directement relié aux canaux vénitiens qui bordent les Giardini. Sous forme de sculpture, vidéo et installation, le flux aquatique traverse toute l'exposition de l'artiste israélienne, aussi bien réellement que métaphoriquement. L'eau, enjeu de conflits et source de désastres écologiques, l'eau, cet élément hautement symbolique, occupe chacune des oeuvres présentées. Dans la vidéo ‹Salted Lake›, une paire de chaussures de travail recouverte de sel de la Mer morte s'enfonce peu à peu dans la neige, jusqu'à transpercer complètement la carapace de glace. Au loin se devine la ville industrielle de Gdansk, dont l'histoire socio-politique a été marquée par l'une des plus importantes révolutions prolétaires du XXe siècle. La simplicité du plan fixe et l'action lente et dérisoire qui mène à la disparition totale des chaussures donnent à cette oeuvre l'élégance d'une vanité aux accents engagés. Rien n'est ouvertement politique dans les travaux présentés, et pourtant tout y est politique. Lorsque l'artiste filme des adolescents jouant à tracer des frontières fictives en lançant des couteaux dans le sable, la géographie qui se dessine spontanément sur le sol évoque aussi bien une abstraction visuelle se donnant pour elle-même qu'une allégorie du conflit israélo-palestinien. Avec une rare finesse, Sigalit Landau nous immerge dans les amertumes salées de l'actualité.

Séverine Fromaigeat est historienne de l'art et critique d'art

Bis: 27.11.2011



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Ausgabe 7/8  2011
Ausstellungen 54. Esposizione Internazionale d’Arte [04.06.11-27.11.11]
Institutionen La Biennale di Venezia [Venezia/Italien]
Autor/in Séverine Fromaigeat
Künstler/in Markus Schinwald
Künstler/in Sigalit Landau
Künstler/in Adrian Villár Rojas
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