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Fokus
9.2011


 La nouvelle Loi sur l'encouragement de la culture bouleverse le soutien aux institutions artistiques suisses. En ce qui concerne les expositions, les subventions iront désormais aux musées qui accueillent les grands projets de prestige. Véronique Bacchetta, directrice du CEC, explique ce que la perte entraînera pour les centres d'art en Suisse.


Subventions fédérales - Coupe sèche pour les centres d'art ?


von: Emmanuel Grandjean

  
Véronique Bacchetta, Centre d'édition contemporaine, Genève, 2011. Photo: Sandra Pointet


Grandjean: Le Conseil Fédéral envisagerait de laisser tomber les soutiens aux petits centres d'art qui ne seront plus qu'une dizaine par an à recevoir, sur concours, le ‹Prix fédéral pour espaces d'art›. Comment comprenez-vous ce signal?

Bacchetta: Comme une manière de nous dire, à nous les petits lieux d'expositions: débrouillez-vous pour trouver des fonds ailleurs, ce que vous faites n'étant ni assez visible ni assez prestigieux pour être durablement soutenu par l'Etat. En clair, le Conseil Fédéral nous remet en cause à la fois dans notre rôle indispensable de découvreur de talents, de soutien aux artistes, de producteur et dans notre travail de recherche, d'expérimentation et de diffusion.

Grandjean: C'est oublier que ces petites structures représentent le premier endroit où les jeunes artistes sortis des écoles d'art peuvent exposer.

Bacchetta:
Exactement. Où vont-ils exposer et dans quels centres d'art en Suisse ?
Comment passer de l'école au musée ? C'est aussi une manière pour l'Etat de se défausser sur les villes et les cantons qui soutiennent déjà, pour la plupart, les centres d'art. Bien que ces soutiens ne soient de loin pas homogènes d'une ville et d'un canton à l'autre, et que rien n'implique qu'ils soient augmentés mécaniquement. Plus généralement, la tentation du Fédéral et des populistes, en Suisse et dans quasi toute l'Europe (voir les problèmes récents de coupes budgétaires aux Pays-Bas), est de soutenir uniquement les lieux de prestige et de petit à petit supprimer les centres d'art, peut-être trop gênants, remuants ou trop contemporains, ou dont la rentabilité politique ne serait pas assez immédiate.

Grandjean: A Genève, la situation est encore plus délicate. Vous travaillez dans un canton-ville où l'attribution des subventions culturelles a toujours posé pro­blème. Et où l'aide de la Confédération venait justement pallier au manque.

Bacchetta:
A Genève, l'aide aux espaces d'art accordée par la Confédération compensait celle quasi exclusivement prise en charge par la Ville ; les deux entités, Ville et Canton, ne trouvant pas de terrain d'entente en vue d'un partenariat, qui serait pourtant indispensable pour régler enfin les problèmes endémiques qui se posent aux institutions genevoises d'art contemporain, et surtout ceux liés aux attributions et aux travaux d'aménagement des espaces de presque tous les musées et centres d'art. Ce point crucial et élémentaire est toujours laissé sans solution depuis plus de 15 ans.

Grandjean: C'est le cas du Bâtiment d'art contemporain (BAC)...

Bacchetta: ...qui est laissé dans un état provisoire et dont les espaces ne sont toujours pas attribués définitivement, ni même réellement adaptés à l'activité d'exposition. Par exemple, la précarité du Centre de la photographie et celle du Centre d'édition contemporaine, coincés dans une situation temporaire de longue durée. Nous sommes en effet depuis plus de 10 ans dans un lieu «provisoire» dans l'attente de notre soi-disant intégration au BAC.

Grandjean: Pour vous, cette coupe budgétaire représente quel genre de perte ?

Bacchetta: Tout dépend du projet. Trouver de l'argent pour une exposition, une manifestation ponctuelle reste relativement facile. La difficulté se situe au niveau des subventions annuelles, qu'elles émanent des villes, des cantons, du fédéral ou même de fondations privées. Ces dernières préfèrent souvent soutenir les lieux de manière irrégulière et sur projet.
Le montage se complique lorsqu'il y a des coûts de production, pour des éditions et des projets de livres. Pour les livres, nous sommes obligés de trouver un coéditeur, un sponsor ou un mécène qui assumera avec nous les coûts des publications et li­vres d'artiste. Des objets très intéressants, originaux, que les artistes adorent, mais très coûteux à la production et peu rentables à la vente. Sans compter que pour la distribution nous nous retrouvons «pieds et poings liés» par les monopoles tenus par les éditeurs/distributeurs. C'est là que des soutiens tels que ceux émanant de l'OFC vont nous faire défaut. Les suppressions d'aides financières publiques auront pour conséquence que les centres d'art devront de plus en plus se tourner vers le privé, le marché ou à défaut devront supprimer une, voire même deux expositions ou événements par an. Le cercle vicieux est alors enclenché, moins d'expositions, moins de visibilité, moins de soutiens financiers, etc.

Grandjean: Et comme tous les centres d'art en Suisse se retrouvent dans cette position, tout le monde va tirer à la même corde, celle du mécénat privé...

Bacchetta: La situation budgétaire des centres d'art va devenir de fait beaucoup plus aléatoire. Axer de plus en plus nos recherches de fonds sur les fondations privées amène à une situation délicate de dépendance aux privés, à certaines familles de goût économico-artistiques et d'intérêts : à la tête de la plupart des fondations, nous ne trouvons pas uniquement du mécénat et du sponsoring d'entreprise, mais surtout des collectionneurs. Il faudrait pouvoir conserver «un ratio» entre argent public et argent privé. Disons que 50/50 représente un idéal. En se voyant pousser par un Etat de plus en plus désengagé à basculer majoritairement dans le financement privé, un centre d'art, de fait, perdrait son indépendance. Auquel cas, la nature du travail n'est plus la même: de la recherche nous passons à un rôle de caution pour le marché de l'art. Du côté de l'Etat, la demande d'une large visibilité et d'événements davantage populaires nous rend dépendants d'une demande d'animation culturelle de la part du politique. Coincés entre ces deux objectifs contradictoires, les lieux d'art de­vraient-ils alors choisir un camp politique ?

Grandjean: Comme un nivellement par le bas qui ira au détriment d'expositions plus originales mais plus risquées?

Bacchetta: Les lieux pourraient en effet être tentés de travailler en priorité avec des artistes connus et dans notre cas, de produire des éditions limitées, favorisant la rareté et l'exclusivité. En résumé, la suppression des subventions, comme celles attribuées jusqu'à présent par l'OFC aux espaces d'art et aux médiateurs, limitera des programmations plus «difficiles», moins attendues et conduira à une uniformisation de la scène artistique et de son offre, ce qui malheureusement est déjà le cas!

Emmanuel Grandjean, journaliste, critique d'art contemporain et de design.



Centre d'édition contemporaine /CEC, Genève:
Le CEC propose un programme qui concilie production d'éditions et expositions d'art contemporain. Plusieurs artistes internationaux émergents ou confirmés, sont invités à exposer et à réaliser une édition spécifique (imprimés, livres d'artiste, publications, multiples etc.).
Budget annuel : entre 250'000 et 300'000 CHF
Subvention : Ville de Genève : 150'000 CHF;
Financements publics et privés ponctuels : Canton et Ville de Genève, fondations privées et ventes d'éditions : entre 50'000 et 100'000 CHF, selon les années.
OFC : 10'000 CHF (subvention pour les espaces d'art, 2008) et 20'000 CHF (prix fédéral pour espaces d'art, 2010)
Cotisations membres de l'association du CEC : 8'080 CHF Personnel : direction (100%), assistant/e (50%), stagiaire (non rémunéré, 25%), comptable (indépendante) et divers temporaires pour les accrochages, décrochages, gardiennage, etc.
Le CEC est membre de AISAC/VSIZK Verein Schweizer Institutionen für zeitgenössische Kunst.



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Ausgabe 9  2011
Ausstellungen Philippe Decrauzat [23.09.11-20.11.11]
Institutionen Centre d'édition contemporaine [Genève/Schweiz]
Autor/in Emmanuel Grandjean
Künstler/in Philippe Decrauzat
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