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Fokus
11.2011


 À la croisée des chemins qui conduisent l'art vers plus de réification ou de dématérialisation, la performance serait-elle le Sentier du milieu ? À Genève, sous le titre ‹Who's Afraid of Performance Art ?›, Piano Nobile, Ex-Machina et le GRÜ s'associent pour faire de novembre le mois de la performance alors que sera décerné le Prix suisse de la performance 2011.


Performance Art - Le Sentier du milieu ?


von: Karine Vonna

  
links: Jean-Marc Chapoulie · Monsieur Google, à qui appartient la réalité, 2011
rechts: La Ribot · Laughing Hole, 2006, Performance


Meme si les formes d'art les plus inattendues ne heurtent plus un public habitue a les voir et revoir dans les foires et festivals en tout genre, on peut encore se poser, a propos des gestes et actions relevant de la categorie de la performance, la question de savoir qui a peur : Les gardiens de la paix sociale ont toujours redoute en effet d'affronter l'effronte qu'est le performeur. Il a la mauvaise reputation de sortir l'art de ses gonds. (F)auteur de troubles, il n'hesite pas a briser le miroir de nos plus stables representations. Ainsi, les scarifications d'une Marina Abramovic', les messes noires d'un Hermann Nitsch ou le boudin humain d'un Michel Journiac effraient toujours les orfraies. Sur un plan linguistique, le mot performance peut d'ailleurs evoquer l'idee d'un depassement du normal, jusqu'a la demesure, la folie, l'hybris. Diogene s'ingeniait a jouer deja les trouble-fetes en se promenant en plein jour une lanterne a la main. Beuys fut tout aussi perturbant lorsqu'ayant refuse de fouler le sol etasunien, il demanda qu'on le porte des sa descente d'avion jusqu'a la cage contenant le coyote representant le peuple ameriendien pour partager son enfermement , 1974. Le performeur peut faire office donc d'epouvantail. Mais le spectateur n'est pas le seul a paniquer. Les marchands d'art aussi : comment tirer profit de la valeur d'echange d'une forme d'art qui laisse peu ou pas de traces ? Comment produire une plus-value a partir d'une action qui echappe a la reification, sinon en fetichisant les objets et autres accessoires ayant servi a leur realisation, en les elevant au rang de reliques ?

Jeter son corps dans la bataille ! Au-dela des frissons et frayeurs que tend a promettre son titre, son , avec un programme somme toute assez soft, sans sang ni excrements, ce festival voulu et soutenu par le Fonds municipal d'art contemporain de Geneve, concu de concert par Piano Nobile, Ex Machina et le GRUe / Transtheatre de Geneve, devrait malgre tout reussir a rassurer tout le monde. , les performances proposees par Marie-Eve Knoerle et Jeanne Macheret (Piano Nobile) ne developpent aucune forme d'agressivite. Histoire d'interroger les points de Jonctions entre arts plastiques et performance, les artistes invites par Madeleine Amsler (Ex-Machina) deconstruisent les genres sans parti pris. Et avant de , comme nous y invite le GRUe, on pourra constater que des gestes hier juges choquants sont depuis devenus des classiques. Plus recevables, plus admissibles. En convoquant Esther Ferrer et La Ribot, deux performeuses historiques, le GRUe opere un retour aux sources : longtemps, la regle du jeu aura ete que ce qui avait ete fait une fois n'etait pas a refaire ; apres quoi, apres avoir compris que la reproduction permettait d'affranchir l'oeuvre de ses obligations culturelles, plusieurs generations d'artistes ont cesse de travailler en terme de production et de monstration de pieces uniques.

Intime et personnel Ex-membre du groupe Zaj, fraction espagnole du mouvement Fluxus, l'octogenaire Esther Ferrer reinterpretera par consequent au GRUe son eternel de 1977, une performance qui consiste a mesurer un corps, le sien ou celui de quelqu'un d'autre, a l'aide d'un metre ruban. Quant a la quadra La Ribot, elle confiera cette fois l'execution d'une troisieme version de son solo , 2006, a un trio d'interpretes. Dans les deux cas, nous avons affaire a des oeuvres devenues des pieces de repertoire, qui ont ouvert la possibilite de leur re-enactment. Au meme titre que les de Valie Export (1969) et de Bruce Naumann (1974) reactivees en 2005 par Marina Abramovic dans sa serie des . Ce qui se joue dans ce passage de l'original a sa repetition possible, c'est la question du besoin qu'il y aurait de refaire apres-coup, a l'identique ou autrement. Quel que soit le nombre d'occurrences de ces performances, quel que soit le nombre d'arrangements apportes a la partition d'origine, la question de la reproduction ne se pose plus en termes de perte de l'aura, mais de " repetition differenciee ". La reprise n'est pas synonyme de replique, mais de renouvellement.

Les differents modes d'ennonciation Dans la categorie des performances engageant non plus le corps mais la parole, Piano Nobile presente une douzaine de demarches fondees sur les differents modes d'enonciation de l'art que sont la conference, la visite guidee ou encore le discours d'inauguration ou de bienvenue. Autant de formes de paratextes qui font partie des materiaux aujourd'hui travailles par une nouvelle vague de performeurs parmi lesquels Loreto Martinez Troncoso et Jean-Marc Chapoulie, ici programmes. La premiere a choisi de travailler sur le role de la langue dans la construction d'un etre ensemble et d'une identite subjective traversee par toutes sortes de metissages. Comment l'appropriation d'une langue etrangere permet-elle a un individu de se construire et de construire sa relation a l'autre, un soi pluriel ? Le second interroge la fabrique et le faconnage de sa propre image par Google. La performance est peut-etre nee en rupture ou rejet du theatre, mais Chapoulie et Martinez Troncoso, comme la plupart des performeurs invites par Piano Nobile renouent avec la forme theatrale. De maniere minimale, discrete, non spectaculaire. La personne du performeur a pris la place du personnage de theatre. Dans la categorie des performances ne relevant d'aucune categorie, sinon d'une contre-categorie ou d'une trans-categorie, Madeleine Amsler a eu la bonne idee de nous rappeler enfin, avec Ex-Machina, qu'Angela Marzullo et David Marchandise peuvent nous entrainer par exemple a la lisiere de la peinture en train de se faire, facon action painting pour la premiere, style neo-geo pour le second ; tout comme la charismatique Julischka Stengele peut faire office de sherpa, a la lisiere de la sculpture, pour atteindre via le les sommets de l'effacement du sujet et faire d'un nouvel erased un pretty vacant monochrome... Quant au Prix national de la performance suisse 2011, qui sera remis pour la toute premiere fois a Geneve, a l'initiative de la Ville de Geneve et de ses partenaires les cantons de Bale-Ville et d'Argovie, il permettra de decouvrir une nouvelle generation de performeurs suisses.

Karine Vonna, critique, curatrice.

Bis: 27.11.2011



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Ausgabe 11  2011
Autor/in Karine Vonna
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