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Fokus
12.2011


 Sous l'impulsion du collectif_fact, les espaces du Centre d'art contemporain de Genève se sont multipliés par le biais d'installations, de vidéos et de photographies qui ouvrent sur des réalités réinventées ou détournées. Des premières animations virtuelles aux derniers films, c'est tout un travail autour de l'image et de sa (dé)composition.


collectif_fact - Never mind mind, essence is not essential, and matter doesn't matter


von: Séverine Fromaigeat

  
links: collectif_fact · Expanded Play Time, 2004, Vidéo SD, 4/3, 4'57'
rechts: collectif_fact · Finsbury, Blackstock Road, London, 2011, Série de 3 photographies, 103,5 x150 x 4 cm, Triage jet d'encre, cadre bois et verre


Annelore Schneider et Claude Piguet collaborent depuis 2002 au sein du collectif_fact, avec, comme compagnon de route jusqu'en 2009, Swann Thommen. Ensemble, ils explorent les possibilités de construction de l'image, mais aussi d'univers, tangibles ou virtuels. Par le biais de modélisations tridimensionnelles, de soustraction d'images existantes, de citations de fragments textuels ou d'assemblage d'extraits de films, ils élaborent des visions du monde sous l'angle de l'hybridation. La ville devient alors le terrain de jeu favori d'une manipulation du réel, le cinéma se fait le reflet de nos absurdités et l'architecture, refuge de l'incongru.
Construire des mondes à partir d'autres mondes, tel pourrait être le leitmotiv du collectif_fact. Dans le sillage de la philosophie analytique de Nelson Goodman et de son ‹Ways of Worldmaking›, collectif_fact développe en images la quête d'une repré­sentation possible de notre environnement, analysant les éléments constitutifs du réel et les possibilités de sa cognition, de son appréhension, au travers de métissages visuels et sonores. Pour aboutir, semble-t-il, à la conclusion qu'il n'existe pas un seul monde, mais bien plusieurs, ou, tout du moins, plusieurs versions de cet univers qui nous entoure, nous englobe et nous aveugle parfois.
Au Centre d'art contemporain, collectif_fact développe les deux axes de sa recherche sur les mondes virtuels et urbains. D'un côté, l'imagerie de synthèse et la photographie manipulée. De l'autre, les prélèvements cinématographiques, qu'ils soient textuels, scénographiques, scénaristiques ou visuels.
C'est ‹datatown›, 2002, qui marque l'entrée en scène du collectif dans l'art contemporain. Dans cette vidéo, une ville glisse sous la nuit, dans la fluidité d'un long travelling, éclairée seulement de quelques points lumineux : enseignes, marquages au sol, panneaux d'affichage, tableaux de bords... L'espace urbain se retrouve noyé sous une épaisse couche de ténèbres, ne laissant apparaître qu'une sélection de signes aisément reconnaissables. Sélection partiale puisque seule la signalétique urbaine apparaît, tandis que ni les phares des voitures ni les lampadaires au coin des rues n'illuminent cette ville obscurcie, comme si le jour et la nuit fusionnaient dans la plus grande étrangeté.
L'esthétique délibérément brute de l'animation permet une double distanciation du réel et accentue le factice des apparences. Le collectif ne cherche pas à singer la réalité grâce à sa maîtrise virtuose des techniques de synthèse, mais bien à manipuler les images évoquant le réel le plus immédiat pour faire surgir la grille de codes et de signes qui régit notre environnement citadin.
Dans l'angle d'une salle, l'installation vidéo ‹circus›, 2004, propose un autre voy­age, tout aussi virtuel, mais cette fois à travers les éclats photographiques d'une vue urbaine : morceaux par morceaux, un carrefour animé de rues, de piétons, de taches sur le sol ou encore de cabines téléphoniques est découpé en d'innombrables fragments. Ces fragments passent du volume à la planéité et dansent dans l'espace tournoyant et déréalisé de la ville, tout à la fois reconnaissable et totalement autre. Manipulateur d'espace, planificateur urbain, collectif_fact (re)crée une ville inhabitable, tout en donnant à voir les phénomènes du réel dans leurs moindres détails. Plus récemment, et dans le même esprit, les photographies londoniennes ‹Finsbury›, 2011, proposent une réduction du paysage citadin. Par la soustraction d'un étage, les immeubles photographiés présentent un visage tronqué bien que familier. Métamorphosant la ville, le collectif_fact joue avec nos habitudes visuelles et se propose de les contrarier pour mieux les dévoiler. Ce qui se dessine sous l'effet de cette réduction ressemble plus à un support d'enseignes commerciales qu'un espace à habiter.

Version originale légèrement modifiée
L'exposition se poursuit dans les méandres du langage filmique et de ses stéréotypes, que le collectif explore, découpe, remonte, pour écrire son propre scénario hollywoodien. L'immersion cinématographique débute par la reconstitution de la salle d'attente d'une scène de ‹Playtime›, 1967, de Jacques Tati et se développe avec la vidéo ‹Expanded Play Time›, 2004, une reconstruction en plans découpés de la même scène. Avec des images retravaillées en volumes et juxtaposées sans logique narrative, le portrait réalisé par Tati d'une société burocratique et enfermée dans sa modernité se révèle encore plus grinçant. L'architecture fonctionnaliste du décor se retrouve également déployée dans l'exposition pour mieux instiller cette atmosphère d'aliénation et de déshumanisation qu'évoque Tati.
Les recherches actuelles du collectif le mène de plus en plus vers des réalisations cinématographiques, comme en témoigne ‹Ways of Worldmaking›, 2010, et ‹A Story like no Other›, 2011. Le premier se fonde sur un monologue déclamé par un seul acteur. Il récite, face à une salle de cinéma vide et devant un écran immaculé, des phrases éloquentes, philosophiques ou émouvantes, qui, après quelques minutes d'attention, manifestent pourtant vacuité et redondance. Puisés à la source de plusieurs films américains populaires, ces extraits textuels sont réassemblés pour former un discours tout d'abord puissant mais qui s'épuise rapidement dans le stéréotype, mettant à jour les caractéristiques du film hollywoodien. Quant à leur deuxième et tout dernier film, il nous entraîne dans les rouages d'un film d'action jusqu'au climax de la révélation finale. Le tout, sans jamais changer le lieu de l'action ni développer sa temporalité. Cinq acteurs réunis autour d'une table récitent des textes tirés de bandes annonces de films et jouent à tour de rôle les différents personnages d'un scénario catastrophe au happy end incertain, mais inexorable.
Pas de véritable fiction, pas d'histoire narrée par l'image et le texte ici, mais un usage des processus et procédés cinématographique à des fins de déconstruction et de dévoilement de ces mêmes procédés. Les schémas de la représentation sont passés à la moulinette du montage et des technologies de synthèse pour créer d'autres schémas qui ont à la fois tout à voir avec le biotope duquel ils sont extraits, et plus rien n'à y faire. Que ce soit au travers de l'architecture, du cinéma ou de l'espace urbain, collectif_fact cherche à capturer nos modes de représentations pour en démultiplier les significations et en révéler la construction. Et bien sûr, à « faire des mondes ». Séverine Fromaigeat est historienne de l'art et critique d'art.

Bis: 15.01.2012


collectif_fact (création en 2002)
Claude Piguet (*1977, Neuchâtel) et Annelore Schneider (*1979, Neuchâtel) avec, jusqu'en 2009, Swann Thommen (*1979, Saint Imier) vivent à Genève et Londres

Expositions personnelles
2010 ‹CITYmulation›, Centre de la photographie, Genève
2009 ‹Home entertainment›, Les Halles, Porrentruy
2008 ‹Glassbox›, Cité universitaire de Paris, Fondation Avicenne, Paris
2007 ‹Just around the corner›, Kunsthaus Baselland, Bâle
2006 ‹Was sind wir doch winzig klein!›, Kunstraum, Baden
2002 ‹Datatown›, galerie Une, Neuchâtel
2001 ‹Omnipolis›, galerie Mire, Genève



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Ausgabe 12  2011
Ausstellungen collectif_fact: Worldmaking [04.11.11-15.01.12]
Institutionen Centre d'Art Contemporain [Genève/Schweiz]
Autor/in Séverine Fromaigeat
Künstler/in collectif_fact
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