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Fokus
3.2012


 ‹L'Institut des archives sauvages› offre un contrepoint aux expositions qui appréhendent l'archive au travers de la restitu-tion de documents. Non thématique, l'exposition présentée à la Villa Arson propose un regard sur l'archive à partir de pratiques artistiques singulières qui déstabilisent l'organisation institutionnelle des connaissances.


Archives sauvages - reconfigurations plastiques des opérations mentales


von: Geneviève Loup

  
links: Tamara de Wehr & Joshua Burgr · Time Machine, 2012, Vidéo HD, 27'11' (en boucle), son stéréo, couleur, v.o. en français
rechts: Jules Spinatsch · Vienna MMIX-17352/7000/36 Édition, 2009, Édition de 36 tirages couleur et 1 diagramme temporel, impressions jet d'encre sur papier photo semi-mat, 31,7 x 42 cm, Court. Galerie Luciano Fasciati, Coire et Blancpain ArtContemporain, Genève


Les pratiques artistiques qui convoquent le concept d'archive ont fréquemment été identifiées comme la réorganisation subjective de fonds privés ou publics, voire l'aménagement d'espaces qui miment des lieux de conservation. Enclins à confon­dre document et archive, les discours attenants ont trouvé dans les supports photographiques ou filmiques les indices les plus visibles de témoignages permettant de réenvisager l'histoire officielle. Cependant, en ne considérant les oeuvres qu'à partir d'un vocabulaire fondé sur les repères des institutions de sauvegarde, les lectures symboliques ont occulté des modes opératoires plus singuliers qui interrogent les moyens de collecte et de restitution, les fonctions mêmes de l'archive. En s'attelant à la recherche de pratiques artistiques qui construisent des « archives sauvages », dont l'hétérogénéité les rend moins aisément repérables, les membres de ‹l'Institut des archives sauvages› posent la question de ce que devient l'archive dès lors que les oeuvres ne donnent plus accès à des documents et ne transmettent plus un discours immédiat sur l'histoire. Un état présent des choses est ainsi mis en perspective par une activité affranchie des paradigmes propres aux sciences humaines.

Systèmes écartés
Jean-Michel Baconnier, Christophe Kihm, Éric Mangion, Florence Ostende et Marie Sacconi, ont fondé la structure anonyme de l'Institut. Cette équipe de travail à l'origine de l'exposition s'est composée à la suite de la recherche « Archive, histoire, projet. Recherches sur les pratiques artistiques de l'archive », soutenue par le Fonds national suisse de la recherche scientifique (DOREsearch), avec la HEAD à Genève et l'ECAV à Sierre. L'examen d'oeuvres à partir du concept d'« archive sauvage », qui pointe la création de nouvelles opérations d'archivage et de nouvelles classes d'archives, coïncide avec l'hypothèse que les formes de connaissance produites par l'art restent en partie à découvrir.
Lorsque le Jedi Obi-Wan émet l'hypothèse que des informations ont été omises dans l'inventaire, l'archiviste de la République répond : « Si un système n'est pas référencé dans nos archives, c'est qu'il n'a jamais existé. » Ce dialogue, tiré du deuxième épisode de ‹Star Wars›, se trouve dans la vidéo intitulée ‹Time Machine›, 2012, produite sur une proposition de l'Institut. Il pointe l'enjeu central de cette exposition :
la recherche d'un système écarté. Les artistes respectivement suisse et américain, Tamara de Wehr & Joshua Burgr, ont sélectionné des extraits de films de science-fiction dans lesquels se manifestent des conceptions d'anticipation fictives de l'archivage. Le montage en « split screen » synchronise des séquences parallèles ou isolées, mettant en rapport la construction de connaissances, leur accès, les temps de lecture et de visualisation, la durée d'un apprentissage et d'une transmission, face à un savoir potentiellement vertigineux, la compression du temps par les machines, le cerveau qui se vide, et la destruction accélérée d'un héritage culturel. Aux bibliothèques et aux oeuvres qui tombent en ruine répond la prolifération des bases de données et des modes de transfert des informations. En résonance à ces enjeux technologiques, le titre de l'oeuvre ‹Time Machine› fait référence au nom d'une application informatique permettant la sauvegarde du contenu d'un ordinateur.

C'est vous qui trouvez ces questions [...] ou on les rédige pour vous ?»
Au sein de la même vidéo, cette interrogation d'un réplicant de ‹Blade Runner› ouvre une problématique parallèle à propos de l'autonomie d'une recherche artistique. Contrairement à l'organisation séquencée du travail scientifique, les pratiques artistiques qui archivent leurs opérations de pensée ne peuvent dissocier la méthode de questionnement du fonctionnement de ce qu'elles donnent à voir. Cette dimension spéculative de l'archive transparaît dans l'oeuvre de Jules Spinatsch ‹Vienna MMIX-17352/7000/36 Édition›, 2009. Un matériau photographique est constitué lors du Bal de l'Opéra de Vienne qui réunit les personnalités d'une société mondaine. Cet événement annuel est partiellement couvert par la télévision autrichienne (ORF), de 21h à 22h55.
Indépendamment de celle-ci, l'artiste a programmé un système de caméras mobiles qui saisit des captations photographiques toutes les trois secondes, durant la soirée, selon un découpage horaire indifférent aux temps forts du spectacle. L'espace de la salle est par ailleurs cartographié en 17'352 images, depuis des points de vue multiples placés en hauteur. Cependant, les faux raccords entre les tirages, qui apparaissent dans les modes de présentation variables, évoquent les possibilités d'informations manquantes. L'incomplétude est tant présente dans l'ensemble fini disposé en frise sur un panorama circulaire, que dans l'édition de trente-six tirages. Cette sélection réduite de tirages est exposée en une grille de quatre rangées horizontales séparées par des intervalles. Dans ces prises hasardeuses, les individus illustres ne sont plus montés en épingle par la représentation publique ; les détails d'architecture et attitudes corporelles sont mis sur le même plan. Induit par la structure schématique du diagramme, le travail de dissection oeuvre également selon la trame disjointe de l'image numérique.

Nouvelles typologies

La présence intercalaire des oeuvres par rapport à une archive première, relève l'impossibilité pour toute collecte de composer une totalité. Ce constat permet cependant d'étendre le champ d'investigation en prenant en compte la diversité de moyens et de formes investis par les artistes. Fragment d'un ensemble illimité, l'exposition reconsidère de nouvelles typologies possibles pour les systèmes d'archivage singuliers que représentent la cinquantaine d'oeuvres d'une trentaine d'artistes dont Eva Aeppli (CH), Bertille Bak (F), Andrea Cera (I), Silvie & Chérif Defraoui (CH), Christoph Keller (D), Mike Kelley (USA), Matt Mullican (USA), Julien Prévieux (F) et Franz Erhard Walther (D). En effet, à travers leur autonomie propre, les oeuvres exposées repensent l'enjeu de réinventer la production d'une archive. Par le biais d'un certain nombre de gestes artistiques, l'idée même de conservation est prise à rebours. En s'appuyant sur le fonctionnement spécifique des oeuvres, la proposition de l'Institut relance la notion d'archive.
Geneviève Loup (*1977, vit à Lausanne) historienne de l'art, enseigne à la HEAD et à l'ECAV.



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Ausgabe 3  2012
Institutionen Villa Arson [Nice/Frankreich]
Autor/in Geneviève Loup
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