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Fokus
9.2012


 Amorçant un tournant spéculatif dans son travail, l'artiste belge Ante Timmermans aborde les problématiques du travail et de l'urbanisation sans adopter une position de simple observateur. Au commentaire, il préfère les dispositifs performatifs - optant pour le dessin et l'installation, et même leur fusion - afin de ­mieux penser les fléaux sociétaux.


Ante Timmermans - Et le poète s'immisça parmi la bureaucratie


von: Laurence Schmidlin

  
links: 476, 2010, mine de plomb sur papier, 21,2 x 14,5 cm
rechts: Make a Molehill out of a Mountain (of Work), 2012. Vue d'installation : The Deep of the Modern, Manifesta 9, Genk/B, 2012, Courtesy Barbara Seiler, Zürich. Photo : Kristof Vrancken/M9


Le mythe de Sisyphe, auquel se réfère Ante Timmermans dans l'installation qu'il présente à Manifesta 9, ‹Make a Molehill out of a Mountain (of Work)›, 2012, admet une interprétation de la société du travail selon le modèle de l'absurdité : l'éternelle répétition des tâches administratives, par ailleurs accomplies sans jamais s'enquérir de leur pertinence. La performance inaugurale montrait l'artiste dans le rôle d'un employé : après avoir oblitéré et cacheté une feuille de papier vierge, il se lève de son bureau et va la classer, puis y revient récupérer le produit de la perforation. Il dépose ensuite ces confettis sur une table où, accumulés, ils forment un agglomérat promis à croître à vitesse humaine - la taupinière de l'expression anglophone dont Timmermans a inversé les termes -, et reprend la séquence de gestes à partir du début.
Les mouvements effectués ont chacun la valeur d'une action. Ils sont exécutés sans s‘avérer mécaniques - l'emplacement des timbres fait parfois l'objet d'une hésitation -, mais demeurent exempts de motivation - l'artiste mâche un chewing-gum. Il n'est aucune volonté de dérèglement de cette routine. Le désengagement mental n'entrave pas l'accomplissement des gestes encore effectif malgré une détermination qui fait défaut ; il est une résistance. Un regard jeté sur les nombreux blocs de papier et classeurs alignés sur des étagères formant deux unités de traitement distinctes anticipe le terme de cette tâche démesurée qui vide l'administration de son contenu en la représentant comme une discipline. Le régime itératif de la chorégraphie du bureaucrate confine à une aliénation que rejoue tout l'oeuvre de Timmermans, lui-même circulaire, sans fin et traitant de thèmes restreints mais confluents.
Dérives de l'industrialisation et course à la productivité, exercice du contrôle et discours sécuritaires, pressions propres au milieu de travail et devoir d'obéissance, systèmes de répression, sont sondés comme les déterminants de la condition humaine actuelle : Timmermans relève les occurrences anti-libertaires de la société et choisit de les interpréter à partir de l‘ennui et de la routine, l'expérience de ces figures semblant elle seule permettre d'en saisir le sens.

Cartographies
En janvier 2002, Timmermans ouvre une série de dessins à la mine de plomb, avec parfois quelque couleur, non-titrés mais scrupuleusement numérotés (plus de 634). Cette minutie facilite leur repérage et consigne l'ordre chronologique de leur création ; elle paraît aussi singer les procédures administratives, d'autant que l'artiste travaille essentiellement sur un format de papier standard en bureautique. Ce sont des paysages urbains ou ruraux qui se développent en réseaux denses de lignes. Les buildings se dressent sur la feuille assemblés, multipliés, superposés les uns aux autres sans logique de construction.
Les métropoles qu'ils configurent par leur nombre, relèvent de l'imagination de l'artiste. À les observer, elles se révèlent en effet techniquement irréalisables. Mais elles ne sont pas utopiques : la vitesse à laquelle elles émergent ou sont dessinées exclut de les penser et engage leur échec. Tout s'anime dans des réseaux intenses de trafic, de circulation, d'échanges - des fictions environnementales telles des Mind Maps conformes à l'activité mentale -, selon divers points d'observation et rapports d'échelle. Tout se tient en expansion, hors du papier comme dans les infinies combinaisons des modules architecturaux. La nature s'est transformée sous l'effet de l'industrialisation, mais demeure manifeste (les cimes des montagnes sont comme les toits des maison, les sapins sont des poteaux électriques, les pylônes des promeneurs) jusqu'à se donner comme la matrice de villes nocturnes dont les constellations lumineuses sont produites par l'éclairage de petits trous au poinçon. En lien immédiat avec la pensée, la pratique du dessin conduit un projet de compréhension du monde à partir du faire et de sa répétition.

Régie des oeuvres
Dans les dessins de Timmermans en outre le langage occupe une place importante, si bien que les figures de style, le sens et la graphie des mots, ainsi que la spatialisation des lettres sur la page, fondent le sujet et la matière mêmes de certaines oeuvres. Les termes choisis manipulent ou singent des slogans, et témoignent de la malléabilité de la langue et de ce que celle-ci trahit de l'état des choses. Perfor(m)ative installation, ANTE/N(N)AR, Leiter et Leider, Apartman, FOUle, (MANI)FEST, SWITZERLAND, sont parmi d'autres exemples des formules que Timmermans a inventées pour laisser entrevoir l'ambiguïté de la réalité que qualifie notre vocabulaire. Il traque le poétique dans la réalité de la même façon : mettre en forme la productivité équivaut à s'immiscer dans le système et l'endurer. On verra dans la poésie la capacité à transcender une réalité donnée ; elle est une modalité de la connaissance du réel. En s'acquittant de la routine, Timmermans résout sa charge de devoir.
Le nouveau projet de Timmermans prend place dans les combles du Musée Jenisch, rouvert au public en juin dernier après trois ans de rénovation. Cet espace de stockage, inaccessible aux visiteurs en temps normal, n'est pas une surface d'exposition seulement trouvée pour l'occasion. Parce qu'il est inconnu de beaucoup, on lui prête un mystère propre à dissimuler une unité administrative secrète comme un monde en soi.
Timmermans juxtapose ces deux possibles : s'il officiera ponctuellement comme gardien - la surveillance accrue dont les citadins font l'objet est une thématique chère à l'artiste - dans une performance intitulée ‹L'ode à l'absurdité #1›, il déploie une sélection de travaux comme dans un réduit devenu clandestinement cabinet d'amateur. Dans la partie centrale du lieu est diffusée une pièce sonore réalisée en collaboration avec le trompettiste belge Bart Maris. Les bruits de la ville se mêlent à un fonds de feux d'artifices explosant : une tradition lors de célébrations, c'est aussi une dépense ostentatoire. Amuser les foules relève quasi d'une précaution étatique, le divertissement servant utilement à détourner de l'ennui ou occuper l'esprit. Les feux d'artifice rappellent les rails de Grands 8 qui saturent les villes que dessine Timmermans, sans fournir de solution au trafic routier, et le cirque, lieu du rire convenu et de la fête obligatoire.
Laurence Schmidlin est historienne de l'art.


Bis: 30.09.2012


Performance ‹L’ode à l’absurdité #›1, le 9.9 de 16h à 18h et le 30.9 de 16h à 18h.
Publication monographique Julie Enckell Julliard (dir.), Ante Timmermans, JRP Ringier, 2012

Ante Timmermans (*1976, Ninove/B) vit et travaille à Zurich et Gand

Choix d'expositions
2012 Kunstmuseum St. Gallen ; ‹Common Ground. Biennale Architettura 2012›, Venise ; ‹The Deep of the Modern, Manifesta 9›, Genk
2011 ‹Zeitvertreib›, Benedengalerie, Kortrijk
2010 ‹Poesie der Langeweile›, Barbara Seiler Galerie, Zürich ; ‹Poesie des alltäglichen›, o. T. Raum für aktuelle Kunst, Lucerne
2007 ‹Mapping (#3)›, Ruimte Morguen, Anvers ; ‹Mapping the City (#2)›, Kunstverein, Ahlen
2005 ‹Mindmap›, Croxhapox, Gand
2003 ‹Drawings›, S.E.A.S., Scharpoord, Knokke-Heist



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Ausgabe 9  2012
Ausstellungen Ante Timmermans [08.09.12-30.09.12]
Institutionen Musée Jenisch Vevey [Vevey/Schweiz]
Autor/in Laurence Schmidlin
Künstler/in Ante Timmermans
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