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Fokus
1/2.2013


 À l'espace d'art contemporain (les halles) de Porrentruy, Philippe Decrauzat et Mathieu Copeland présentent une exposition autour de ‹Marrakech Press›, un label de production et d'expérimentation qu'ils ont cofondé en 2011. Films et tableaux s'associent dans le cadre d'un dispositif inédit et des manifestes d'artistes lancent un débat dont la suite est à venir.


Philippe Decrauzat et Mathieu Copeland - De Marrakech à la dérive


von: Gauthier Huber

  
links: FM Einheit dans son studio, Tittmoning, pendant le tournage, juillet 2012
rechts: Alan Licht & Les Presses régionales de Marrakech, mai 2012, videostill


Philippe Decrauzat fait partie de ces artistes capables de faire feu de tout bois, produisant à la fois des œuvres matérielles visuellement efficaces et les conditions de leur réception. En multipliant les références à l’histoire des formes et à l’abstraction en particulier, il inscrit son travail dans une certaine tradition dont il révèle parfois l’impensé, notamment les liens entre les motifs de la peinture et certains signes liés à la technologie. Est-ce bien dans une imprimerie de Marrakech, fonctionnant selon la méthode traditionnelle du plomb, que le projet Marrakech Press a commencé ? Ou serait-ce à Lyon, dans le prolongement du projet ‹Soundtrack for an exhibition›, 2006, de Mathieu Copeland ? Ou encore à Lausanne (Circuit), à l’occasion d’une exposition de ce dernier autour du travail d’Alan Vega ? Une chose est sûre : cette imprimerie, l’idée de cette imprimerie à l’écart des soubresauts du monde contemporain devrait fonctionner comme un point de départ et un horizon poétique permettant aux deux hommes de renouveler leurs positions respectives au sein du milieu de l’art, de collaborer avec des artistes dont ils apprécient le travail, de relire des histoires plastiques ou musicales inscrites dans une modernité à géométrie variable.

Monochromes noirs
À Porrentruy, deux courts-métrages en noir et blanc, présentés en alternance sur deux murs opposés, offrent l’unique source d’éclairage à l’espace d’exposition. Ils sont projetés sur deux peintures monochromes noires, auxquelles s’ajoute une troisième (le « tableau test »), sur un mur latéral. Il s’agit d’une œuvre abstraite de Francis Baudevin, repeinte en noir, une idée venue aux curateurs par la récente exposition de Claude Rutault, à Circuit, pour laquelle il avait demandé à plusieurs artistes (Francis Baudevin, Decrauzat lui-même et Christian Robert-Tissot) des tableaux à repeindre, selon son protocole, de la même couleur que le mur. Un petit dessin de Gustav Metzger ‹Partons de zéro›, 2011, qu’il faut aller chercher dans le noir avec une lampe de poche ou l’écran de son téléphone, complète l’accrochage. Dans un souci de continuité et de dérive dans un projet ultérieur des éléments propres à un projet donné, ces derniers envisagent déjà de récupérer les monochromes du dispositif des halles en vue de la réalisation future d’une exposition de monochromes noirs ayant servi de surfaces de projection à des films. Un média comme support d’un autre, ce n’est bien sûr pas nouveau ; la pratique en remonte au constructivisme russe, à Dada. Mais l’intérêt du dispositif de Porrentruy est de réunir et d’articuler de manière cohérente les champs conjugués de la peinture, du cinéma et du son, qui sont au centre de l’intérêt des deux curateurs. Un dispositif qui rappelle, notamment, les installations de Lazlo Moholy-Nagy sur la lumière qui deviendront des photographies ou des films. On pourrait jouer à « pierre-feuille-ciseaux» et se demander lequel de ces trois champs se retirera de cette confrontation augmenté du gain sémantique le plus grand. Chez Sugimoto, la photographie semble « battre » le film en l’intégrant en une seule image. L’écran paraît blanc, mais où est passé le son ? Quant au monochrome, qui fascine toujours les artistes, c’est probablement pour sa capacité à tirer de la matérialité de son support une résistance physique au temps, que n’a pas le film, malgré les lacérations de Fontana, les froissements de Parrino.

Recto-verso
Réalisés avec une caméra Bolex 16 milimètres, les courts-métrages en noir et blanc présentés aux halles partent tous deux d’un musicien ou d’une manière de pratiquer le son. Le premier, qui met en scène le guitariste américain d’avant-garde Alan Licht, a été tourné dans le loft new-yorkais du musicien minimaliste Phill Niblock, dont le Musée de l’Elysée présentera une rétrospective du travail pluridisciplinaire fin janvier 2013. Au musicien filmé en train de produire la bande-son du film même dans lequel il apparaît se superposent des images des presses de l’imprimerie de Marrakech, avec des pages blanches qui tournent à vide dans les machines tout en « annonçant le désir de produire et de susciter des textes imprimés, des éditions. » Changeant de décor, c’est à la frontière austro-allemande et dans les montagnes du haut Atlas marocain qu’a été tourné le second film. Il présente le musicien et percussionniste allemand FM Einheit (ex-Einstürzende Neubauten) au travail chez lui, dans son garage, détruisant briques et miroirs dont il manipule et brasse les fragments sur une large plaque de métal amplifiée. Une vision apocalyptique mêlant la figure d’un démiurge du son et la vision contemplative de vastes étendues de sable. Collage, surimpression et transparence sont ici le résultat d’une méthode filmique originale, exempte de montage, que ses auteurs envisagent comme une règle du jeu, une partition. Deux bobines de trois minutes ont été utilisées. Auparavant, chacune d’elles a été exposée à une ouverture de moitié, ce qui a rendu possible la superposition des deux sujets. Sur un côté de la bobine se trouve le musicien, puis celle-ci a été tournée dans la caméra et la deuxième partie filmée au verso. Aucun contrôle n’a donc été possible sur les rencontres visuelles qui en résultent. Il y a eu donc confrontation entre les deux sujets, l’un se développant linéairement de A à Z, l’autre à l’envers, aussi bien dans l’image que dans le temps. La question du recto-verso apparaît également dans le dispositif cinématographique adopté par les curateurs, qui ont inversé le principe traditionnel consistant en un mur noir et un écran blanc.

« Partons de zéro »
Règle et dérive, toujours, dans le dispositif prévu autour de la rédaction de manifestes par une dizaine d’artistes invités : sur une page A4, ils étaient libres de leurs contenus mais devaient rendre un travail manuscrit amené à être ensuite réinterprété, recomposé et réarrangé par le typographe et l’imprimeur, à Marrakech. Si l’idée du manifeste porte en elle le charme indéniable du modernisme en action, les contenus de ceux proposés à Porrentruy sont plus proches de la poésie concrète que du statement politique. « Les coups politiques les plus efficaces sont ceux qui n’ont pas l’air politiques », répétait Félix Gonzalez-Torres. Dada n’attaquait pas frontalement, mais avec la distance de l’humour et du jeu. Qu’importe, il s’agissait surtout d’amener au projet une dimension textuelle, appelée à se développer sur des presses à l’ancienne n’attendant qu’une décision éditoriale pour apporter aux phrases et aux langages d’aujourd’hui leur empreinte mécanique chargée d’histoire et de rêve. La première publication de Marrakech Press sera consacrée à l’ouvrage Partons de zéro, de Gustav Metzger. Un artiste original, connu pour avoir fait une grève de l’art, entre 1977 et 1980, afin de résister à la marchandisation croissante des œuvres. Rescapé du nazisme en 1944, Metzger s’était déterminé à « utiliser toute sa vie, y compris son art, pour changer le monde, changer la société. »
Gauthier Huber est journaliste indépendant, enseignant et artiste. gauthierhuber@hotmail.com


Bis: 20.01.2013


Manifestes conçus par : Bruce McClure, Delphine Coindet, David Cunningham, Peter Downsbrough, Gilles Furtwängler, Kenneth Goldsmith, Lionnel Gras, Scott King, François Kohler, MR Lucy, Gustav Metzger, Raffaella della Olga, Loreto Martinez Troncoso, Diego Santomé, Nick Thurston, Dan Walsh.



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Ausgabe 1/2  2013
Ausstellungen Mathieu Copeland, Philippe Decrauzat [02.12.12-20.01.13]
Institutionen Espace d'art contemporain (les halles) [Porrentruy/Schweiz]
Autor/in Gauthier Huber
Künstler/in Mathieu Copeland
Künstler/in Philippe Decrauzat
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