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Fokus
7/8.2013


 Le Centre d'Art Contemporain Genève présente une ambitieuse rétrospective de l'artiste italien peut-être le plus singulier de la seconde moitié du XXe siècle. Le parcours chronologique révèle un perfectionniste de la réalité matérielle, une esthétique de la technique et de la vitesse et une oeuvre originale profondément cohérente.


Gianni Piacentino - Le sens de la perception concrète


von: Carole Haensler Huguet

  
links: Vue de l'exposition, Centre d'Art Contemporain Genève, 2013, au premier plan: Black Frame Vehicule With Light Blue-Gray Triangle Tank, 1970-1971, bois peint et tube en fer, fer plaqué nickel, caoutchouc peint, supports en acajou, 73,5x342,4x22 cm (assemblé en 4 pièces)
rechts: Vue de l'exposition, Centre d'Art Contemporain Genève, 2013


Turin, 1966, Galerie Sperone: l'exposition ‹Arte abitabile› (art habitable) réunit des travaux de Piero Gilardi, Gianni Piacentino, Michelangelo Pistoletto, Alighiero Boetti, Giovanni Anselmo et préfigure l'Arte povera. Membre de la première heure de l'aventure qui se cristallise autour de la galerie et qui sera formulée théoriquement a posteriori par Germano Celant dès 1967, Gianni Piacentino partage avec Giulio Paolini la recherche des moyens primaires de la peinture et du dépassement du tableau, «il fallait dépasser les limites conceptuelles, de pensée» pour reprendre ses propres termes. Ainsi «Blue Purple Big L» ou «Dark Dull Pink Large», qu'il présente dans sa première exposition personnelle en décembre 1966 déjà, à la Galerie Sperone, et que l'on retrouve dans l'exposition genevoise, constituent une extension tridimensionnelle des éléments constitutifs du tableau, du châssis en particulier.
Piacentino se distingue d'emblée des autres artistes du groupe de l'Arte povera par les grandes dimensions et surtout par la solidité architectonique de ses oeuvres, ainsi que par la richesse de ses couleurs. La rupture avec le groupe est définitivement consommée en 1968, suite à l'exposition ‹Arte povera + Azioni povere› (Arte povera + actions pauvres). Il consacre son été 1968 à la restauration d'une moto Indian des années 1930 et, dans cet éloignement du monde et de la pratique de l'art, prend conscience de son envie de faire autre chose: «Jusqu'à ce jour, avec les structures minimales, j'avais l'impression d'avoir fait en quelque sorte un travail académique, lié à l'histoire de l'art» 1.
Dès lors, l'artiste autodidacte engage ses passions - la moto, la compétition de side-car, la vitesse, la mécanique et la technologie, le modélisme et la collection - dans sa pratique artistique. Il réalise alors ses premiers «véhicules». Tous nés d'abord comme modèles réduits d'approximativement vingt centimètres, avec les roues des modèles réduits d'avion, vernies en argent, avant de devenir des esquisses pour être enfin réalisés en grandes dimensions - la dimension « réelle » étant d'approximativement trois mètres. Ils ne cesseront au fil des années de gagner en aérodynamisme et en pureté, se développant dans deux directions distinctes: les véhicules à structures tubulaires, lignes de couleurs se dessinant dans l'espace comme si les premiers travaux minimaux étaient devenus éminemment dynamiques, et les véhicules dotés d'une carrosserie, formes colorées au décor perfectionné qui ne sont pas sans évoquer les premiers monochromes.
Le visiteur prend vite conscience, non seulement de la logique de construction qui sous-tend l'oeuvre de Piacentino, mais également de l'importance de la couleur, comprise comme physique, matérielle. L'art pour Gianni Piacentino est dans le savoir-faire: «Je veux garder le contrôle de la réalité matérielle de l'oeuvre, avant tout parce que j'aime vernir (comme les carrosseries) et polir les métaux, et ensuite parce que je pense que l'oeuvre absorbe aussi l'inertie de celui qui la réalise physiquement et pas seulement de celui qui la pense.»

‹Tekhnè›
Son sens et sa pratique de la couleur rappellent que le métier de peintre, jusqu'au XIXe siècle et l'invention de la peinture en tube, consistait également dans la préparation des pigments pour laquelle chacun avait sa recette. On serait ici tenté d'évoquer la figure d'un alchimiste proto-industriel: l'artiste est un expérimentateur, il est l'auteur de plus de trois cents teintes, qu'il a ensuite savamment inventoriées et conservées. Son nuancier personnel compte des inventions telles que la peinture métallisée opaque - qui sera plus tard utilisée à échelle industrielle en carrosserie - et qu'il a obtenue par hasard en mélangeant des restes de peintures.
C'est en travaillant à temps partiel chez un fabriquant de peintures et vernis en 1967 et 1968 qu'il acquiert les notions de base de chimie et les connaissances scientifiques sur la durée et l'inaltérabilité des couleurs. À l'affût des dernières découvertes technologiques, il perfectionne ses vernis, le dosage des pigments, pour maîtriser jusque dans les moindres détails les effets de sa palette: couleurs irisées, nacrées, métallisées, brillantes, mates, marbrées, etc. Une seule règle: la couleur ne doit jamais être «évidente», ainsi ni primaire, ni convenue. Les titres de ses oeuvres soulignent et éclairent la complexité de cette matière chromatique, imposant la réalité constructive sur la perspective iconographique. Avec les «véhicules», les métaux - or, argent, bronze, chrome, nickel - viennent enrichir ses nuances, non sans y apporter une nouvelle préciosité.
L'art de Gianni Piacentino interroge le statut de l'oeuvre, brouillant les pistes entre les notions de fonctionnel, d'applicable, et d'idéal, de symbolique - soit une ques-tion qui reste fondamentalement contemporaine, comme l'a, par ailleurs récemment démontré, dans le même lieu, l'exposition expérimentale ‹Hôtel Abisso› (KB 04/2013 et KB 05/2013).
Les sculptures minimales de Piacentino - piliers, tables, portails, pupitres, chevalets - sont des symboles géométriques empruntés à notre environnement quotidien, des formes que nous ne voyons finalement plus que comme utilitaires. Il ne s'agit pas du transfert d'une valeur fonctionnelle à une valeur d'oeuvre d'art, ou l'inverse, mais d'une certaine capacité d'observation du monde pour y puiser l'idée géométrique de beauté. On retrouve ce même idéal dans les «véhicules», avec les suspensions en triangle par exemple - un motif qui n'a pour l'artiste aucune dimension pratique, mais que l'étrange va-et-vient entre l'art et les sciences rend réalité dix ans plus tard dans un véhicule de record, la Budweiser Rocket Car de 1979.
1 Toutes les citations sont empruntées à l'interview de l'artiste réalisée par Hans-Ulrich Obrist pour le catalogue de l'exposition.
Carole Haensler Huguet est historienne de l'art indépendante. Elle vit à Neuchâtel. chaensler@hotmail.com

Bis: 18.08.2013


Catalogue: «Gianni Piacentino», éd. Andrea Bellini, JRP|Ringier, 2013

Gianni Piacentino (*1945, Coazze) vit à Turin

Expositions (sélection)
1966 Galleria Sperone, Turin
1969 Galleria Toselli, Milan
1970 Onnasch Galerie, Cologne
1971 O.K. Harris, New York
1972 Palais des Beaux-Arts, Bruxelles
1973 Quadriennale de Rome
1975 Onnasch Gallery, New York
1977 Documenta VI à Kassel
1981 Gesellschaft für Aktuelle Kunst e. V., Brême
1983 Reinhard Onnasch Ausstellungen, Berlin
1985 Christian Stein, Turin
1991 Galerie Di Meo, Paris
1993 Lia Rumma, Naples; Biennale de Venise
2005 Quadriennale de Rome



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Ausgabe 7/8  2013
Ausstellungen Gianni Piacentino [05.06.13-18.08.13]
Institutionen Centre d'Art Contemporain [Genève/Schweiz]
Autor/in Carole Haensler Huguet
Künstler/in Gianni Piacentino
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