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Fokus
9.2013


 Sous le titre ‹The Ocean before me›, Hadrien Dussoix et Peter Stoffel ont réuni une dizaine de peintres suisses et européens au Commun, l'espace d'exposition genevois. Libérés des contraintes stylistiques, leurs tableaux explorent les mécanismes de l'illusion et de la désillusion. Ils engagent la peinture comme pratique, technique ou représentation.


Hadrien Dussoix et Peter Stoffel - Peindre après le déluge


  
links: Peter Stoffel · Sans Titre, 2013, huile sur toile, 227x209 cm
rechts: Hadrien Dussoix · Sans titre, 2013, huile sur toile, 100x140 cm


Il aurait semblé incongru, il y a dix ans, d'exposer de la peinture post-expressionniste dans une institution genevoise. Le genre de tableaux qui demande de longues périodes d'un travail obsessionnel (Peter Stoffel) ou dont la force expressive se joue dans l'électricité d'un geste bref (Hadrien Dussoix). Il y a dans la peinture de la ­plupart des artistes de cette exposition quelque chose d'impur, d'irrésolu, d'obtus. Un os. Elle n'est pas tant ici un objet de contemplation, plutôt un champ de bataille appelant le spectateur à se mêler au combat, à activer ses références, à combler les lacunes ou les ellipses de compositions souvent irrégulières et fragmentées.
Le genre du paysage se distingue traditionnellement du portrait en ce que le spectateur peut s'y projeter. Dans ‹Largo Affetuoso›, Andreas Dobler joue la carte du psychédélisme en différenciant un premier plan coloré d'un second, perdu dans la grisaille. Comme si les ‹Nymphéas› de Monet, peints dans des tons acides, s'écartaient pour laisser voir, reflétés sur l'étang, l'antique grandeur d'une ville imaginaire. La question du reflet est également présente chez Nils Nova dans une oeuvre comme ‹An einem Nachmittag›, montrant un rideau fermé coïncidant avec le plan du tableau. Le paysage est ici l'élément caché, mais le jeu illusionniste d'ombres et de lumières qui en balaie la surface, en suggère la présence, comme dans certaines oeuvres pop, derrière l'objet-tableau lui-même.

Paysages accidentés
Dirk Meinzer est le digne héritier d'Arcimboldo, sans doute le premier artiste à avoir fait fusionner paysage et portrait de manière explicite, mais également de Rauschenberg ou de Spoerri. Dans ses ­collages picturaux, il intègre parfois des fragments de corps de petits animaux - papillons, hippocampes, serpents - évoquant une nature organique, opaque, menaçante.
À première vue, certaines oeuvres de Peter Stoffel rappellent les vitraux colorés d'Alfred Manessier. Mais ses paysages combinent souvent différents plans ou trames qui font coexister, en une seule image, l'univers des contes et, notamment dans ‹Snow Crash II›, le suprématisme de Kasimir Malevitch, par l'organisation et le fractionnement de petits carrés blancs qui semblent se déplacer librement au premier plan de ses grands tableaux. Il s'en dégage une sorte d'inquiétude contemplative, un sentiment variable d'écrasement ou au contraire d'élévation que les bords du tableau s'emploient à contenir tant bien que mal. La métaphore de l'océan leur convient parfaitement.
Francis Bacon expliqua si bien l'importance qu'avait pour lui la notion d'accident dans son travail, et plus particulièrement le rendu des surfaces, qu'il reste probablement le paradigme du peintre «aventurier» de la seconde moitié du XXe siècle. Mais le postmodernisme est passé par là.
Bernhard Martin, qui ‹préfère peindre un coup de pied au cul qu'une quelconque sinistre pop star›, se rend disponible à la fragmentation du réel qu'il tente d'unifier en le narrativisant, par de petites scènes cocasses et absurdes travaillées par un sens aigu de la caricature. Henriette Grahnert trouve ses sujets aussi bien dans l'environnement de l'art que dans la réalité quotidienne. Avec ironie, elle peint le côté salissant, voire malodorant de la pratique picturale elle-même : pantalon taché suspendu sur une corde à lessive, barres horizontales stoppant à la manière de ‹rapponces› le départ de coulures sur un pseudo-monochrome aux allures de mur décrépi, elle fait coïncider les accidents picturaux réels et leur représentation. L'accident est ici, de toute évidence, planifié. Mais n'en a-t-il pas toujours été ainsi?

Peindre la peinture

En 1966, interrogé par David Sylvester sur ses «brushstrokes», représentations calculées de coups de pinceaux, Roy Lichtenstein en attribue étrangement la ‹paternité› à l'artiste expressionniste abstrait Franz Kline: «J'ai entendu dire qu'il faisait des dessins préparatoires. Il apparaît clairement qu'ils ont été retravaillés quand on les regarde de près (...) ils voulaient dire que l'art est l'art, mais en même temps, ils dessinaient l'image d'un coup de pinceau.» Quoique dans un registre plus affectif, Hadrien Dussoix procède de la même manière quand il peint des dessins, les siens mais également ceux des autres, dont il réarrange parfois certains éléments pour en maximiser la valeur poétique. Par exemple ces trois signes indépendants graphiés avec soin par l'adolescent qu'il était, qui témoignent de son engouement d'alors pour les groupes de hard rock Kiss, Metallica et AC/DC (dont il n'est pas possible de traduire ici l'aspect «éclair» du «/»). Loin de limiter tout risque d'accident, une telle méthode de transposition de l'image ne fait qu'en déplacer le pouvoir heuristique.

Principe de plaisir
Les humanoïdes et héros de bandes-dessinées d'Armen Eloyan, traités à grands coups de brosses sur d'imposants formats, dont chaque détail est un morceau de bravoure qui rappelle la vivacité de COBRA, ont une onctuosité de crème glacée XXXL qui dit la satisfaction de peindre. On le retrouve chez Gilles Rotzetter, dont le plaisir du recouvrement, souvent très coloré de la toile, semble primer sur les éléments de la représentation, lesquels s'enracinent également dans les clichés d'une culture populaire de héros banals et endurants et semblent, d'une certaine manière, ‹faciles à peindre›. Dans certaines toiles de Josse Bailly, d'Omar Ba, qui s'apparentent à des collages peints dans la filiation surréaliste, certains détails font apparemment l'objet d'un surcroit d'attention, d'un regard attentif, et semblent primer sur une composition dont se dégage un certain maniérisme. La couleur y évoque des atmosphères désuètes, un temps passé.
Pour ménager le plaisir du spectateur, Hadrien Dussoix et Peter Stoffel ont renoué avec le dispositif muséal du banc ainsi que du cabinet de curiosité. Ils ont tenu également à ce que, de loin en loin, les vagues de cet océan de peinture qu'ils ont mis en scène se fassent écho, se prolongent et se soutiennent longtemps avant de se briser.
Gauthier Huber est journaliste indépendant, enseignant et artiste. gauthierhuber@hotmail.com

Bis: 22.09.2013



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Ausgabe 9  2013
Ausstellungen The Ocean before me [30.08.13-22.09.13]
Institutionen BAC Le Commun [Genève/Schweiz]
Künstler/in Hadrien Dussoix
Künstler/in Peter Stoffel
Künstler/in Andreas Dobler
Künstler/in Nils Nova
Künstler/in Bernhard Martin
Künstler/in Henriette Grahnert
Künstler/in Armen Eloyan
Künstler/in Gilles Rotzetter
Künstler/in Josse Bailly
Künstler/in Omar Ba
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