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Fokus
10.2013


 Des premiers monochromes noirs aux dessins d'ombres à paupières, en passant par les tableaux de vernis à ongles, le travail de Nicole Hassler se caractérise par l'application d'une substance spécifique sur un support lisse. Ses oeuvres sont comme des écrans dont les reflets se réfléchiraient à leur tour dans la culture ambiante.


Nicole Hassler - Variations biographiques


von: Gauthier Huber

  
links: Flit a Bit, 2011, Laque à ongle sur aluminium, support caisson en métal blanc, 45x35x15 cm. Photo: Denis Simon
rechts: Nailbar, 2010, Bois, verre, 470 flacons de laque à ongle consommés, 112 cmx162,5x35 cm, Coll. ­Mamco, Genève. Photo: Ilmari Kalkkinen


En réduisant la pratique picturale à une succession de choix opérés par le peintre, gestes et couleurs, Marcel Duchamp justifiait magistralement le bien-fondé conceptuel de sa propre pratique du readymade, laquelle reposait sur un choix plus radical et donc plus intéressant - celui d'un objet parmi d'autres. Nicole Hassler, quant à elle, choisira d'associer, plutôt que d'opposer, peinture et readymade: elle conserverait le geste et la couleur du peintre mais aussi l'objet, sous la forme d'un produit spécifique fourni par l'industrie (cosmétique), dont l'avantage est de tenir lieu également de couleur. Un choix décisif qui, d'une part, tend à assimiler la pratique picturale tout entière à une simple procédure de recouvrement, et revient surtout, d'autre part, à lui indexer de nombreuses pratiques impures potentielles parmi lesquelles, entre toutes, les soins cosmétiques. Restait à négocier la délicate question du tableau­ lui-même, dont on sait depuis les constructivistes qu'il est à la fois un espace symbolique et un objet. En délaissant la toile au profit de la plaque d'aluminium alvéolé, Nicole Hassler fait un pas supplémentaire vers la distanciation. Ses oeuvres, certes, resteront des tableaux plutôt que des objets spécifiques (au sens de Donald Judd), parce qu'elle a choisi de conserver le jeu des rapports intérieurs et extérieurs entre l'oeuvre et le support mural. Cependant, elles s'apparenteront également, dans une certaine mesure, à des readymades augmentés.

Couleur conceptuelle
‹Apprenez jeunes beautés les soins qui embellissent le visage et les moyens de défendre votre beauté›, conseillait Ovide dans ‹L'Art d'aimer›. Dans son ouvrage ‹Le maquillage clair-obscur›, l'anthropologue Christine Arzaroli relève l'analogie que faisaient d'illustres anciens entre l'ornementation du corps et celle du décor: ‹Dorures, marbre, teintures, ivoire, mais aussi les diamants venus d'Orient, les parfums et les fards (...) tout cela participe du même élan.› En transférant sur le tableau matériel les substances destinées aux soins cosmétiques, Nicole Hassler joue d'une analogie entre la surface de celui-ci et celle du corps comme vouées à l'embellissement, tout en conservant, par le choix d'une substance (ou couleur) unique par tableau, un lien avec la tradition du monochrome, rendu explicite notamment par ‹Série illimitée›, 1993, une suite de douze tableaux ‹noir de manganèse›, de formats modestes (40x40 cm), exempts de touche picturale apparente et ne se distinguant l'un de l'autre que par d'infimes nuances de la même couleur. Donc, le nuancier, déjà, cette invention de l'industrie. Après l'épuisement du noir, il demeurera le motif central des séries de travaux ultérieurs de l'artiste, mettant en évidence leurs liens étroits avec deux autres dimensions importantes de ce travail, la délégation et le désenchantement, dans la mesure où Nicole Hassler, d'une part, utilise des couleurs déjà élaborées et fournies par les diverses marques de produits cosmétiques, et qu'elle évite, d'autre part, dans ses compositions, d'organiser une subjective ‹symbolique des couleurs›. Chaque tableau est donc pensé comme une entité propre - un monochrome - au sein d'un ensemble (ou continuum) dont les limites ont été établies par des critères extra-picturaux.

Traces de soi
Qu'est-ce que la somme des produits cosmétiques utilisés par une femme est à même de révéler sur sa vie, son identité? C'est la question posée par ‹Biographie›, 2012, présentée dans le cadre de l'exposition de Nicole Hassler à la Fondation Louis Moret. Il s'agit d'une suite de cinquante-deux photographies d'autant de composants de produits cosmétiques, tous genres confondus, saisis en gros plans, d'une largeur de vingt centimètres par tirage, produits que l'artiste elle-même utilisait au moment de la conception de l'oeuvre. Ces listes de composants chimiques, suites de chiffres et de lettres, se distinguent l'une de l'autre par des différences de graphisme, de couleurs ou encore de supports (verre, plastique, métal ou carton). ‹Biographie› serait une réponse à un article lu dans la presse féminine mentionnant qu'une femme ordinaire s'appliquerait quotidiennement près de cinq cents substances chimiques sur la peau. Mais elle s'inscrit également dans la continuité de ‹Peintures 2011›, une série de peintures réalisées sur des armoires à pharmacie en aluminium, également présentées à Martigny. Un accrochage complété par ‹Eye Shadow 2013›, des dessins sur papier Canson A4 réalisés avec des ombres à paupières de toutes les couleurs.
Les oeuvres de Nicole Hassler exhibent ce qu'elles cachent: le travail de la main, du bras, du corps tout entier de l'artiste au travail. D'un point de vue politique, on relèvera l'analogie un peu triviale avec les ‹petites mains› auxquelles recourent la plupart des grandes marques dont la production se délocalise. En 1995, lorsqu'elle abandonne les peintures noires pour ‹Fonds de teint›, Nicole Hassler soulignera la dimension performative de son travail: pour chaque nuance de fond de teint, elle produira à la fois un tableau et une photographie, de même format (30x30 cm), sur laquelle son visage apparaît recouvert du fond de teint en question. Tour à tour sujet et objet, le corps de l'artiste garde en mémoire les paysages traversés, les visages observés. En témoigne ‹Compact Powder›, 2002, une série de douze tondi correspondant au souvenir que l'artiste a conservé du teint spécifique de douze femmes rencontrées durant un séjour à Berlin. Un travail équivalent, ‹Lui›, qui obéit à d'autres règles et motivations, fut réalisé la même année. Dans l'oeuvre de Nicole Hassler, le corps, qu'il soit thématisé comme paysage (photographies de torses), comme surface ou comme étendue (tableaux), s'implique dans un dédale de substitutions, de traces, de projections que l'artiste organise en fonction de sa double position d'artiste et de femme. Une position qu'infiltre à son tour une notion aussi décisive que difficile à déterminer, la mode, dont la dépendance à un contexte spatial et temporel spécifique permet de faire le lien avec la performance. En atteste une pièce comme ‹Geneva›, réunissant cent petits tableaux (10x5 cm) de vernis à ongles résultant d'une séance de shopping. L'artiste a décidé de la proportion des couleurs dans la composition en fonction de leurs statistiques de ventes, à Genève, à un moment donné. Or, ‹si je refaisais cette pièce aujourd'hui, les couleurs seraient totalement différentes›, affirme-t-elle. La plasticienne a également réalisé plusieurs vidéos, dans lesquelles elle se met en scène dans diverses postures nonchalantes et toujours en lien direct avec l'univers cosmétique.
Gauthier Huber est journaliste indépendant, enseignant et artiste. gauthierhuber@hotmail.com


Bis: 20.10.2013


Nicole Hassler (*1953, Bâle) travaille à Genève.

Expositions
2010 ‹The Artist As Collector: Olivier Mosset›, MOCA, Tucson, USA; ‹Kosmetische Bilder›, Galerie Ebo- ran, Salzburg; ‹Ball Room›, Commande publique salle communale de Troinex, Genève, avec J. Schär et Ch. Sjostedt, architectes; ‹Before Present›, Villa du Parc, Centre d'Art Contemporain, Annemasse
2011 ‹Murs porteurs›, Snider + Ramseier Architectes, Lausanne; ‹One Week Exhibition›, Galerie Arnaud Lefebvre, Paris
2012 Crèche d'entreprise JTI, Projet polychrome avec le bureau d'architecture Group8, Genève (réali- sation en 2014); Cycle l'éternel détour, Biens communs!, Mamco, Genève
2013 ‹7 Chez Daniel Varenne›, Galerie Daniel Varenne, Genève



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Ausgabe 10  2013
Ausstellungen Nicole Hassler [14.09.13-20.10.13]
Institutionen Fondation Louis Moret [Martigny/Schweiz]
Autor/in Gauthier Huber
Künstler/in Nicole Hassler
Link http://wwwwwwwwwwwwwwwwwwwwww.bitnik.org
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