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Fokus
11.2013


 Les oeuvres de Sabine Tholen explorent les transitions entre l'espace construit et son environnement, l'image et son contexte et s'interrogent sur l'authenticité des liens entre une trace, un indice et sa référence. De la photographie au dessin, les structures que l'artiste met en évidence font appel au toucher autant qu'à la vue


Sabine Tholen - Structures spatio- temporelles et perceptions tactiles


von: Gauthier Huber


links: Fort I, 2013, Photographie, 100x70 cm, Coll. Fonds municipal d'art contemporain, Genève
rechts: Rocks, 2008, Fort I-VI, 2013, Coll. Fonds municipal d'art contemporain, Genève, Vue d'exposition Halle Nord, Genève. Photo: Thomas Maisonnasse


"Je dessine ou photographie pour essayer de comprendre ce que je vois ", explique Sabine Tholen. Dans une gamme chromatique souvent reduite (gris, verts profonds, bleus), ses oeuvres en deux dimensions multiplient les transitions, les superpositions, les passages d'une matière, d'une structure à une autre, comme si la réalité restituée par l'image était avant tout de nature topographique, d'une austérité lunaire ou souterraine, sans fonction particulière.
À 'Nalé', 2010, un village construit de toutes pièces par l'armée suisse, dans le Jura, en guise de terrain d'entraînement, Sabine Tholen a photographié les rues et les bâtiments déserts comme s'il s'agissait d'une maquette. Elle en a réalisé une affiche, installée dans l'espace public, pour laquelle elle a adopté une approche graphique, un cadrage de documentation officielle jetant sur le faux la suspicion du vrai. Les sites choisis par la plasticienne ont certaines caracteristiques communes: ils sont répertoriés, constituent en eux-mêmes une curiosité et sont pris dans une dialectique de la nature et de la culture.
Le temps n'a pas de prise sur celui du Fort militaire de Chillon (série 'FORT', 2013): trop de temps a passé, déjà, ou donne l'impression d'avoir passé. La valeur ajoutée qu'amène la photographie à l'existant réside ici dans sa capacité d'accentuation des signes caractéristiques de cette permanence: érosion de la pierre, présence de mousses, de lichen, d'une végétation anarchique et parasitaire. Quant au point de vue adopté dans 'FORT', souvent en contreplongée et esquivant légèrement la frontalité des murs de pierre, il ménage un point de fuite tantôt à droite, tantôt à gauche de l'image et donne ainsi l'impression d'un léger glissement de celle-ci par rapport au plan formé par la photographie elle-même et par son cadre (en bois). Cette distance créée entre le regard et la chose regardée, reduite et permettant la mise en évidence des irrégularités et variations d'une même matière sous l'effet de la lumière, retient avant tout l'aspect physique du sujet. A Nalé, les bâtiments sont cadrés d'un peu plus loin, comme pourrait les appréhender un voyageur ou un touriste lors de son arrivée dans le village.

L'hôte invisible
Le temps, sous ses formes les plus diverses, s'invite dans ses images comme une puissante allégorie. C'est d'abord le temps immémorial de la création des roches, du ciel et de la terre, dont Sabine Tholen laisse pénétrer calmement, insidieusement, le souffle tranquille. C'est le temps furtif de 'Spray Prints', 2011, une série de travaux réalisés en plaçant une feuille de papier sur la pointe de ses doigts, ensuite sprayée uniformément à l'aveugle. C'est le temps imaginaire de 'Fleurs de givre', 2011, véritable immersion dans un paysage romantique entre océan et glacier, comme un déluge tout de saillies et de contrastes saisissants. C'est le temps stratifié de 'Rocks', 2008, une vue de rocher recouvert de béton projeté que l'artiste a fragmentée puis recomposée en cercles collés les uns sur les autres au moyen d'un logiciel informatique. L'image finale ressemble à une grosse molécule, sur un fond blanc.

Intrigantes perspectives
Cette méthode d'aménagement du regard sur un même objet ou paysage, d'inspiration cubiste, se retrouve dans bon nombre de dessins de l'artiste, notamment ses études de reliefs en vues partielles aménagées dans l'entrelacs de formes ovoïdes. Si elle évoque la fragmentation de notre rapport au réel induite par une culture de l'écran - la fameuse mosaïque à laquelle Marshall Mc Luhan identifie l'image télévisuelle - elle suggère également les résidus épars, les sensations discontinues que la société médiatique imprime dans nos cerveaux et à partir desquels nous tentons de redonner forme au monde. Que Sabine Tholen ait choisi d'évoquer cette réalité contemporaine par le biais d'images situées hors du temps des plannings et des calendriers lui permet de souligner la primauté des structures dans l'ordre de ses préoccupations esthétiques.
" Je suis le lierre, tu es la pierre, je prends racine autour de toi ", chantait Serge Gainsbourg. Cette dualité érotique des éléments du paysage apparaît en filigrane de Fort et de la fallacieuse objectivité documentaire des oeuvres de Sabine Tholen. L'oeil du photographe se tient à une distance telle qu'il semble effleurer le paysage comme une peau nue, offerte, dont les anfractuosités semblent exacerber le caractère vivant. Une peau s'offrant à lui tout en feintes esquives, lui présentant une saillie pour mieux l'attirer, à son tour, dans un repli obscur. On retrouve cette tension érotique dans une série d'oppositions: la fusion de la couleur et du papier, dans 'Spray Prints', se heurte par endroits aux reliefs des objets qui, dans le rendu final, incarnent une résistance. C'est l'épiderme, ici, qui est thématisé. Le béton et la pierre de 'Lungern', 2009, suintent, transpirent; les reliefs de 'Fleurs de givre' ne sont pas sans évoquer le ressenti physique et psychique du transport amoureux.
Tunnels, grottes et souterrains, sujets récurrents, multiplient d'incertaines, d'intrigantes perspectives pour le regard. Chaque fois, cependant, un détail, un obstacle inattendu vient empêcher la pulsion scopique du photographe - et du regardeur - de fusionner totalement avec l'objet présenté. Cette émancipation du visuel vers le tactile, il est possible que Sabine Tholen lui donne un jour une nouvelle dimension, par la sculpture.
Pour l'heure, elle apporte un soin particulier à la scénographie de ses expositions, jouant des spécificités des divers lieux où elle est invitée. A Halle Nord (Genève), par exemple, elle a utilisé l'envers de la paroi qui accueillait la série 'FORT' en y développant une vaste peinture murale présentant un motif de clôture. Les 'Spray Prints' ont été conçus spécialement pour l'ancien abri atomique dans lequel s'est installé l'espace genevois Stargazer. Alignées comme des briques ou s'ouvrant comme des fenêtres, c'est jusque dans les moindres détails que les oeuvres de Sabine Tholen cherchent le plus juste rapport au spectateur.

Gauthier Huber est journaliste independant, enseignant et artiste. gauthierhuber@hotmail.com


Bis: 07.12.2013


Sabine Tholen (*1974, Bonn) vit à Genève.

Expositions personnelles (sélection)
2013 ‹Nous continuâmes à ramer sous les murs mêmes›, Halle Nord, Genève
2011 ‹Spray Prints›, Stargazer, Genève, ‹Spray Prints›, Ribordy Contemporary, Genève
2010 ‹Nalé - un village suisse›, Centre de la Photographie, Genève

Expositions collectives (sélection)
2013 ‹50 JPG, fALSEfAKES›, Centre de la Photographie, Genève; ‹Some undisclosed points of remove›, Chelsea College of Art & Design, Old College Library, Londres
2011 ‹Apparition›, Villa Bernasconi, Grand-Lancy
2010 ‹Impression 2010›, Kunsthaus Grenchen
2009 ‹Più di Prima›, Kunstverein Olten
2008 ‹Auswahl 08›, Aargauer Kunsthaus, Aarau



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Ausgabe 11  2013
Ausstellungen Sabine Tholen [07.11.13-07.12.13]
Institutionen Athénée-Salle Crosnier [Genève/Schweiz]
Autor/in Gauthier Huber
Künstler/in Sabine Tholen
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