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Fokus
3.2014


 Pablo Osorio explore et démultiplie les possibilités créatrices des techniques traditionnelles de la gravure. Dans ‹La grande famille›, une pièce unique et ambitieuse présentée à Genève, il invente un univers sauvage et rebelle habité d'une faune surprenante: ses créatures inquiétantes, à la fois délicates et corrosives, font mouche.


Pablo Osorio - Une taille pas si douce


von: Véronique D'Auzac de Lamartinie

  
links: Mininas, 2012, monotype coloré
rechts: La grande famille, 2012-2013 (détail), 4 estampes: Don Geromino, Don Ñaño, Don Amadeus, Doña Luna


Inspirées par la dimension universelle du règne animal (car échappant à toute loi, à toute idéologie et à toute culture), les oeuvres de Pablo Osorio nous séduisent. Elles nous captivent par l'expressivité des couleurs, le raffinement du trait et la richesse des détails; elles nous intriguent par l'ouverture vers de multiples interprétations de lecture; elles nous surprennent aussi parfois par les mises en scènes d'une inquiétante étrangeté, comme dans ses grands formats qui assemblent des éléments hétéroclites: ours égarés dans un paysage sylvestre, pièges féroces, lumignons en suspension, ‹Jardin du paradis›, 2013, ou le dédoublement symétrique d'un rhinocéros sanguinolent sur un arrière-fond de ciel orageux, évocateur d'un drame réel, d'autant plus cruel que reconstruit par l'imagination ‹Il était une fois›, 2013 - plaque de 200x95 cm1. Dans ses oeuvres, la formation de peintre de Pablo Osorio se confirme par la maîtrise des coloris, la richesse des compositions et la délicatesse du dessin.
Dédié depuis quatre ans à la gravure, le travail de Pablo Osorio exploite la démultiplication et la combinaison de toutes les techniques possibles sous ce terme générique. Comment déjouer les cadres rigides de la technique, rendre unique ce qui, a priori, est destiné à être reproduit en de multiples exemplaires, donner à la couleur une place prépondérante dans des estampes, sortir des limites de la plaque de cuivre, imprimer plusieurs fois sur la même feuille, combiner les techniques les plus modernes (photogravure) aux plus anciennes (eau-forte et aquatinte)? Ces défis motivent une liberté de création qui refuse toute contrainte chez Pablo Osorio. Sa dernière création, ‹La grande famille›, est un véritable coup de maître à cet égard: un arbre généalogique de un mètre dix de haut sur un mètre cinquante de large, composé de soixante-deux portraits d'animaux reliant plusieurs générations. Pour ‹La grande famille›, chaque portrait est réalisé à partir de deux plaques de cuivre (de 5x7 cm) en une épreuve unique où la même feuille est imprimée plusieurs fois: la reproductibilitié technique est ici déjouée.

Une inspiration anachronique: un peu baroque, un peu hard-rock
Au-delà des défis techniques, c'est avant tout le plaisir esthétique qui prédomine dans ces portraits. Le spectateur est charmé par le pouvoir envoûtant de ce bestiaire extraordinaire fait de créatures sauvages et rebelles, parfois canailles ou facétieuses, aux allures bigarrées et disparates. Un arrière-fond coloré met en valeur l'excentricité de ces êtres improbables présentés de face: les motifs sériels et symétriques de l'arrière-plan sont parfois répliqués sur la peau des animaux. Dans d'autres portraits, ce sont des tapisseries anciennes qui ont inspiré la richesse des formes et des couleurs et qui mettent en valeur le foisonnement presque baroque des costumes dont ces bêtes sont affublées.
Malgré tout, ces créatures animales n'ont rien d'enfantin ni de puéril. L'extra-vagance des parures ou des tenues vestimentaires, souvent raffinées et subtiles, leur confère une individualité mordante non dénuée d'humour: tatouages exotiques, symboliques ou traditionnels polynésiens, piercing, épaulettes agrémentées de pointes métalliques, cuirs cloutés ou, à l'inverse, passementeries ouvragées, pierres scintillantes, collerettes délicates, noeuds papillons, cols à rabat, fourrures, cravates exquises. Et comme dans la tradition du portrait, le personnage nous regarde et suscite toute une gramme d'émotions: l'oeil langoureux d'un dalmatien attendri, le profil délicat et gracile d'un chat sauvage amuse, l'austérité peu amène d'un militaire au regard impassible inquiète.

La dimension, vecteur de confidentialité
Si au cinéma tout gros plan porte une charge d'émotion, de la même façon, tout rapprochement vers une image de petite taille génère un sentiment de confidentialité, d'intimité: comme si l'inclinaison vers ces petits formats nous permettait de basculer dans la confidence et le secret de ces personnages capturés par le portrait. Quel drame se cache derrière un rictus grinçant, quel rôle cruel ce militaire a pu jouer, à quelles relations passionnelles ont succombé ces fragiles créatures, quelle vengeance est en train de sourdre ce chimpanzé dépité, à quel passé glorieux se réfère le costume princier de ce cerf à la ramure peu altière et distordue? Dans la variété des générations successives et de leurs signes ataviques, l'imagination du spectateur est sollicitée par ces individualités pour reconstruire des trames narratives et un vécu, dans un jeu ludique et distrayant.
En parallèle à ce travail d'envergure et unique, une série d'épreuves est proposée pour chaque portrait composant ‹La grande famille›, sur des feuilles de 17,5 cm sur 19 cm: une version attrayante pour conserver le raffinement facétieux de chaque personnage. Dans d'autres séries encore, comme par exemple la série ‹Mininas›, 2012, l'artiste explore la démultiplication des possibilités à partir d'une forme découpée dans des monotypes colorés, agrémentés de collages, d'éléments de matérialité associés à l'impression; il exploite la plaque de plexiglas jusqu'à ses derniers retranchements, jusqu'à infliger les coups mortels et irréparables de la pointe sèche, dans le dernier souffle d'une ultime épreuve. Quel que soit le choix des techniques ou le thème incarné dans les oeuvres résolument modernes de Pablo Osorio, le spectateur peut succomber au plaisir gourmand de la beauté esthétique: ce n'est pas un péché.
1 Cette espèce (le grand rhinocéros noir d'Afrique) a été déclarée disparue de la planète par l'Union interna-
tionale pour la conservation de la nature (UICN).
Véronique d'Auzac, critique d'art, souhaite promouvoir la création contemporaine locale.
veronique.dauzac@bluewin.ch



Bis: 06.04.2014


Pablo Osorio (Avesza) (*1975, Bogotá), vit à Genève depuis 2000
Formé à l'Académie Supérieure d'Arts et à l'Académie d'Arts Guerrero de Bogotá, puis à la Haute Ecole d'Art et de Design de Genève

Expositions récentes
2013 ‹Reflets de l'invisible›, Galerie L'art dans l'R. et Espace Opéra HUG, Genève; ‹Bonfiest›, Duplex, Genève; ‹Impressions/multiples. Reliefs & Creux›, Abbaye de Baume les Messieurs, France
2012 La Fonderie, Remix Kugler, Genève

Expositions personnelles
2010 ‹Peintures›, Fondation Phénix Fribourg
2008 ‹En Orbite›, Espace Cheminée Nord, Genève



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Ausgabe 3  2014
Ausstellungen A quoi rêvent-ils? [07.03.14-06.04.14]
Institutionen Villa Dutoit [Genève/Schweiz]
Autor/in Véronique D'Auzac de Lamartinie
Künstler/in Pablo Osorio
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