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Fokus
10.2014




Raphaël Julliard - Tuttle All the Way Down


von: Laurence Schmidlin

  
links: 60 dessins de pure expression, classés par ordre alphabétique (Tuttle Recall), 2009, crayon de couleur sur papier, papier sans acide, carton de conservation. Vue de l'exposition à la Galerie Lucile Corty, Paris, 2009. Photo: Aurélien Mole
rechts: Little Ethnology, 2007, matériaux divers, Vue de l'exposition ‹Lo Sfumato›, Corso Angioy, Sassari/I, 2008. Photo: Aurélien Mole


Ce qui a saisi Raphaël Julliard dans les pièces précaires de Richard Tuttle (*1941) lui demeure sans doute encore inconnu. Depuis sa visite du Museum of Contemporary Art à Los Angeles, en 2007, il a pourtant fait de cette rencontre un objet de connaissances, sondé et scruté à chaque occasion s'y prêtant. Cette ressource s'est ainsi trouvée à l'origine de plusieurs projets: une pratique de dessin, débutée en 2009, formulée en termes de médium, un mémoire de maîtrise soutenu à l'Université de Genève en début d'année et un livre d'artiste, ‹RREPTILES›, au coeur de son exposition actuelle au Centre d'édition contemporaine de Genève, qui, elle-même, pose la valeur de ce rapprochement délibéré avec l'oeuvre de Richard Tuttle.
L'une des notions centrales de ce système formalisé est celle de «génie». Raphaël Julliard ne se réfère pas à l'acception communément admise, celle d'un être doué d'un talent inné qui le démarque de ses pairs et dont il fait preuve dès son plus jeune âge. Il conçoit ce terme comme une disposition au monde sensible, comme ce qui se produit lorsque l'on entre en lien avec ce dernier, et exclut l'ontologie qui lui est associée: chacun peut faire la démonstration de cette qualité relationnelle. Partant, il s'attache à «montrer qu'il existe à travers l'oeuvre [de Richard Tuttle] une didactique par l'objet, par la vue, pour le spectateur, didactique dont l'objet est ce que [il a] appelé le ‹génie›.»

Du génie à la généalogie

Les premières pièces de Richard Tuttle, au début des années 1960, marquent son intérêt pour les matières simples et pour une réalisation modique et manuelle. Du bois, il passe à l'utilisation du papier et de matériaux sans masse, et fait l'économie de la visualité. La réception de ces oeuvres, tant individuellement qu'à titre d'ensemble, semble être la façon dont Raphaël Julliard a choisi d'exercer son génie. D'une part, il cherche à identifier la cohérence de ce travail en forçant les affinités de celui-ci avec d'autres faits culturels; conscient de certaines juxtapositions peu plausibles, il espère que ces contrastes sauront être producteurs de sens. D'autre part, il met en jeu sa propre pratique en testant une éventuelle parenté artistique avec l'Américain et en tentant de comprendre l'économie de cet oeuvre: aussi refait-il les gestes. L'exposition au Centre d'édition contemporaine prend, pour cette raison, le titre de ‹Chromozone›. Suspendus au plafond, des fils de fer tordus, formés sur l'instant de leur réalisation à l'aide d'une pince, succèdent aux ‹Wire Pieces›, 1972, de Richard Tuttle. La substitution des corps des artistes dans l'exécution de pièces similaires, à quarante ans d'intervalle, procède de la simulation d'une mémoire kinesthésique. Et quoique le préfixe «chromo-» laisse également entendre la couleur comme espace d'interaction, de grands dessins au crayon, fragmentés afin de les disposer en séquences le long du mur, risquent la retenue comme forme d'action.

L'art du doodle: nulla dies sine linea

C'est donc dans le domaine du dessin que s'agglomèrent le plus clairement les réflexions et les axes de travail propres à ce contexte tuttlien. Raphaël Julliard explique: «En somme, le dessin revêt pour moi le caractère de modèle de ce que j'aimerais faire à travers le corpus entier de mes travaux: chercher cette distance maximale entre deux oeuvres, puis trouver malgré tout les points communs qu'elles entretiennent entre elles, de sorte à pouvoir ensuite essayer de chercher dans une autre direction. Je ne cherche pas à aller dans un sens particulier, hormis faire l'expérience d'une extension maximale en termes de formes, de méthodes, de thèmes, et ainsi de voir jusqu'où il est possible d'étendre une pratique artistique. Il me semble toujours possible de tisser des liens entre les objets les plus divers.» La pratique du dessin conserve chez l'artiste l'espièglerie qui souvent déstabilise la réception de son oeuvre: faut-il en rire? Fait-il excessivement preuve de nonchalance? L'aphorisme de Richard Tuttle, ‹L'art est discipline et la discipline est dessin›, 1968, pourtant, lui correspond tout autant. Dans cet équilibre que Raphaël Julliard réussit toujours à ménager, il arrête des procédures graphiques, basées sur la répétition du même toujours différent, qui lui permettent de mettre à l'épreuve sa conception du génie et de dégager, peut-être, ce qui fonde l'art de Richard Tuttle. La fonctionnalité du dessin, qui se fait à n'importe quel moment, en n'importe quel lieu, sans besoins techniques véritables, le conduit à formuler des contraintes de départ tout en ne contrôlant plus ce qui va advenir. Attentif aux dispositifs curatoriaux (voir par exemple la Galerie J sous forme de voiture ou ‹Little Ethnology›, dont le contenu de boîtes est donné à voir selon différents formats, toutes deux dès 2007), il associe immédiatement au dessin la question de l'accrochage. La spatialisation des pièces ne sert pas à convoyer leur propos mais fait partie intégrante de celui-ci.

Prendre toutes les directions à la foi

Les ‹60 dessins de pure expression, classés par ordre alphabétique (Tuttle Recall)›, 2009, sont réalisés au cours de trajets en train sur les pages d'un répertoire téléphonique, avant d'être contrecollés sur des papiers de couleur non-acides. Sur une homophonie, le titre rapproche de manière abrupte le nom de l'artiste et le film de science-fiction de Paul Verhoven, ‹Total Recall›, 1990, la modestie des dessins et la grandiloquence du long-métrage. Puis se succèdent les 17 dessins ‹Sans titre (Le Caire)›, 2009, réalisés au cours d'un séjour de six semaines passé dans la capitale égyptienne, au rythme d'un par jour, en traçant une ligne continue ne se croisant jamais. Il y aussi les 44 dessins de ‹Paperwork›, 2012, produits au cours d'une conférence à titre de prise de notes, de même que les 8 dessins de ‹Misconception›, 2012, griffonnés, l'esprit absent, comme l'on peut dessiner lors d'un appel téléphonique. Le 6 octobre 2012, Raphaël Julliard rencontre Richard Tuttle à Munich. Il dispose d'une heure pour lui parler. Trois questions lui seront posées. Les réponses paraissent de longs monologues. L'entretien est reproduit dans ‹RREPTILES›, à la suite d'une série de 55 photographies prises entre l'aéroport et le lieu de la rencontre, autour de motifs rappelant les vocabulaires de l'un et de l'autre, avec le projet secret d'une collaboration dont il ne sera jamais question. Si Raphaël Julliard semble toujours prendre toutes les directions à la fois, il est possible de s'en tenir à la conclusion à laquelle Richard Tuttle parvient à son propos, en cours de discussion: «You seem a special case.» Laurence Schmidlin est directrice adjointe du Musée Jenisch Vevey et conservatrice du Cabinet cantonal des estampes. lschmidlin@museejenisch.ch

Bis: 29.11.2014


Livre d'artiste publié pour l'occasion: Raphaël Julliard, ‹RREPTILES›, Centre d'édition contemporaine, 2014

Raphaël Julliard (*1979, Genève) vit à Genève
Diplômé de ECAL, Lausanne (2003), du pôle Critical Curatorial Cybermedia à HEAD, Genève (2005) et de l'Université de Genève (2014)

Expositions personnelles principales
2011 ‹Marelle›, Palais de Rumine, dans le cadre du festival Les Urbaines, Lausanne
2009 ‹A Trais tirés›, Galerie Lucile Corty, Paris; ‹Seul au chaud›, OutOfThisWorld, Montreux
2007 ‹La Grande Révolution de 2014›,La BF15, Lyon
2005 ‹1000 Tableaux Chinois›, FIAC, Paris



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Ausgabe 10  2014
Ausstellungen Raphaël Julliard [19.09.14-29.11.14]
Institutionen Centre d'édition contemporaine [Genève/Schweiz]
Autor/in Laurence Schmidlin
Künstler/in Raphaël Julliard
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