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Fokus
5.2015


 Vrai-faux remake de deux expositions organisées par le groupe Impact dans les années 1970, l'exposition ‹Impact Art Vidéo 74›, à voir à Circuit, révèle des pans quelque peu oubliés de l'histoire de la vidéo mais aussi de la scène artistique lausannoise - entre local et international, alternatif et institutionnel, expérimental et mainstream.


Scintillements vidéo - quarante ans après


von: Isaline Vuille

  
René Bauermeister · SupportSurface, 1969, et Shigeko Kubota · Video Girls and Video Songs, 1973


Une histoire mineure. C'est ainsi que François Bovier, co-commissaire de l'exposition, qualifie le champ de recherche dont il est question à Circuit1, où sont rejouées deux expositions d'art vidéo de 1972 et 1974. Si l'art vidéo était déjà bien développé et diffusé aux États-Unis depuis une dizaine d'années (notamment via l'engagement de chaînes de télévision), ce n'était pas le cas en Europe. L'exposition ‹Action/Film/Vidéo› organisée en 1972 à Lausanne fait donc figure de pionnière sur le Vieux ­Continent. Présentée dans un contexte alternatif par Impact, collectif d'artistes qui gère alors une galerie au centre-ville de Lausanne, elle regroupe surtout des artistes ­suisses mais aussi internationaux (dont Jochen Gerz et Mike Parr). Dans un espace restreint et chargé, des moniteurs empilés et des projecteurs diffusent des vidéos et des films selon une programmation d'une semaine. Mené par Jean Otth, artiste vidéaste et membre d'Impact, ce projet est représentatif des activités du groupe, en particulier de sa volonté de faire connaître l'art en train de se faire.

Impact, collectif d'artistes défricheur
Collectif à géométrie variable2 fondé en juin 1968 par quelques jeunes artistes diplômés des Beaux-arts et des artisans, le groupe Impact est porteur des espoirs de l'époque et des envies de changement qui touchent l'art comme la société en général. D'abord informel, le groupe se structure autour de la galerie Impact qui fonc­tionne comme une coopérative et propose un nouveau modèle de lieu d'art, ouvert aux jeunes artistes et aux pratiques invendables; un lieu convivial aussi où le public peut rencontrer artistes et organisateurs. Par opposition aux galeries locales et à une génération d'artistes qui privilégiaient les formes traditionnelles, le groupe soutient l'expérimentation et le décloisonnement des disciplines, exposant aussi bien de la peinture que du body art ou de la céramique. Pendant huit ans (de 1968 à 1975), ses membres multiplient les expositions à la galerie, effectuent des actions artistiques et politiques dans l'espace public et montent des évènements hors les murs - dont une exposition de sculptures sur les quais de Montreux en 1972. C'est dans ce ­contexte foisonnant qu'Impact s'intéresse à l'art vidéo. Plutôt qu'une sélection fine et précise, l'exposition ‹Action/Film/Vidéo› de 1972 vise à montrer une pratique, des expérimentations: l'usage de la vidéo est en effet récent et non spécifique à l'art - on parle d'ailleurs de «confrontation» entre art et vidéo plutôt que d'exposition.

Le projet de 1972 fonctionne comme un point de référence et un accélérateur, ­à la fois pour l'art vidéo et les artistes d'Impact. Précurseurs, ils sont pris dans des réseaux, invités à montrer leur travail, à discuter, à collaborer. En 1974 Impact ­organise ‹Impact art vidéo art 74› au Musée des arts décoratifs de Lausanne. Présentant de nombreux artistes suisses et surtout internationaux, cette exposition de grande envergure montre les artistes les plus importants de l'époque (dont Vito ­Acconci, ­Valie Export, Denis Oppenheim, Martha Rosler, Bill Viola) et les pionniers de l'art vidéo (dont Nam June Paik et Wolf Vostell). Elle a lieu quelques mois avant ‹Art Vidéo/­Confrontation›, exposition organisée par Suzanne Pagé à l'ARC/Musée d'Art moderne de la Ville de Paris, qui passe pour être la première grande exposition vidéo en Europe; ces deux manifestations comptent certaines oeuvres en commun et des liens existent entre elles même si elles ont été conçues indépendamment l'une de l'autre - la préface du catalogue d'Impact a été reprise dans le catalogue parisien.
Ce texte qui pose les bases d'une réflexion sur l'art vidéo est rédigé par René Berger, figure importante de cette histoire et plus largement pour l'ouverture institutionnelle vers les pratiques contemporaines. Conservateur au Musée des arts décoratifs et professeur à l'Université de Lausanne, il organise notamment trois Salons des Galeries-Pilotes en 1963, 1966 et 1970, regroupant une cinquantaine de galeries internationales prospectives (projet qui influença la création d'Art Basel en 1970). Engagé en faveur des jeunes artistes, il suit les expérimentations vidéo et théorise ce qu'il observe, interrogeant en particulier la spécificité du médium. Son cours en 1969 «esthétique et mass media: la télévision» à l'Université de Lausanne est suivi par plusieurs membres d'Impact, parmi lesquels Jean Otth avec qui il a de nombreux échanges et dont il achète très tôt le travail vidéo, dès 1973. Cette connivence entre les deux hommes est sans doute à l'origine de l'invitation d'Impact à intervenir dans le musée que dirige Berger.
La relecture de ces deux évènements en 2015 a significativement lieu à Circuit, espace géré par un autre collectif d'artistes lausannois fondé en 1998 - trente ans après les débuts d'Impact - qui navigue entre institutionnalisation (c'est le centre d'art quasi officiel de Lausanne) et fonctionnement collectif.

Flashback
L'exposition ‹Impact Art Vidéo 74› constitue une étape d'un projet de recherche intitulé ‹Cinéma exposé: l'année 1974 en Suisse romande, entre le white cube et la salle obscure›, mené à l'ECAL par un groupe d'historiens et d'artistes, notamment François Bovier (historien du cinéma à l'UNIL), Philippe Decrauzat et Denis Savary. Inscrit dans un mouvement d'intérêt pour l'histoire des expositions, ce projet vise aussi à mettre en lumière les débuts des pratiques vidéo ainsi que l'organisation et la diffusion spécifiques à ce médium.
Comme des partitions à interpréter, les commissaires ont pris pour point de départ les deux catalogues d'expositions de 1972 et 1974, composés principalement de fiches d'inscription, de textes et d'images, de protocoles et d'instructions. Procédant à la manière d'archéologues, ils sont partis à la recherche de traces, ont ­tissé des liens, reconstitué des réseaux. L'exposition est structurée par couches: des moniteurs sur un dispositif en bois - qui permet aussi aux visiteurs de s'asseoir - diffusent des films présentés en 1974, tandis que ceux de 1972 sont projetés au-dessus. Sans nécessairement fétichiser les formats d'époque, la mise en espace crée une atmosphère dense, foisonnante et bruissante. Jamais pareille à elle-même, l'exposition fonctionne sur un principe de programmation et joue des allers-retours entre différentes temporalités, donnant une idée assez réjouissante de ce que pouvait être cette période d'expérimentations et de dynamiques nouvelles.
Isaline Vuille est historienne d'art et commissaire d'expositions. isalinevuille@gmail.com

1 Entretien avec François Bovier, février 2015
2 Le noyau dur est composé de trois artistes: Henry Barbier, Jean-Claude Schauenberg et Jean Scheurer, mais a compté jusqu'à trente personnes selon les moments. Les informations sur Impact proviennent ­essentiellement du mémoire de licence de Nathalie Pittet, ‹IMPACT, ou Lausanne bouge avant la lettre›, dir. Michel Thévoz, UNIL, 1989




Bis: 23.05.2015


En parallèle, programmation à la Cinémathèque Suisse et au Cinéma Bellevaux à Lausanne autour du festival ‹New Forms in Film›, organisé en 1975 à Montreux et consacré au cinéma minimaliste américain.



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Ausgabe 5  2015
Ausstellungen Impact Art Vidéo 74 [18.04.15-23.05.15]
Institutionen Circuit [Lausanne/Schweiz]
Autor/in Isaline Vuille
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