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Fokus
12.2015


 Pascale Favre et Thomas Schunke trouvent dans cette exposition l'équilibre d'une collaboration réussie. Les oeuvres s'imbriquent sans démentir leurs particularités. Partis à la découverte du ­Valais, ils ont rapportés des souvenirs pour inventer une installation multipliant les échelles et les points de vue, créant une topographie fragile entre l'imaginaire et le réel.


Pascale Favre/Thomas Schunke - Déambulations valaisannes


von: Nadia El Beblawi

  
links: De bas en haut et de haut en bas, 2015, Vue de l'exposition, Ferme-asile, Sion. Photo: Robert Hofer
rechts: De bas en haut et de haut en bas, 2015, Vue de l'exposition, Ferme-asile, Sion. Photo: Robert Hofer


Le point de départ est une résidence de trois mois à la Ferme-Asile de Sion. Le résultat est l'investissement de la grange, un vaste espace d'exposition de 800 m². Le duo d'artistes installé à Genève a profité de l'invitation estivale pour sillonner le Valais en voiture, en train, en car postal, à vélo et à pied, pour observer, filmer, dessiner et collecter des objets. Ces emprunts tirés de la réalité apparaissent dans l'installation comme des ancrages au vécu. Cailloux, coquilles d'escargots, fragments de briques, plumes d'oiseaux, mais aussi brosses à dents, planche de skate, raquette de badminton, sac à dos, cordes d'alpinisme, le plus souvent détournés avec humour, servent de contrepoint au ressenti de leur expérience. L'expression des souvenirs d'une émotion, que ce soit lors d'échange avec les habitants, des impressions visuelles comme le va-et-vient du regard qui passe des hauteurs montagneuses à la plaine du Rhône, l'observation des paysages, l'écoute des sons, la contemplation de la douceur du mouvement de l'eau, le passage soudain et bruyant d'un avion militaire, est ce qui distingue les deux artistes qui travaillent régulièrement ensemble depuis 2011.
L'oeuvre est commune et l'installation se lit comme un tout, néanmoins les modalités apportées par chacun restent heureusement lisibles. L'importance donnée autant au processus de création qu'à la production des pièces préserve leur personnalité artistique. Pascale Favre nous invite à une lecture décalée de ce qu'elle a observé, dessins et maquettes se nourrissent de son imaginaire et d'une représentation littérale du réel, tandis que Thomas Schunke se joue du temps et de la réalité perçue avec des images filmées et des fragments d'objets en imposant son humour.

Expérience globale
Les deux artistes ont développé leur installation en impliquant un processus de déambulation à la manière de leur expérience. Un jeu de pénombre et de lumière habille le large espace de la grange, les effets d'ombre de la charpente accentués par des structures en lambourdes et des cordes tendues du sol vers les hauteurs forment sur les flancs de l'espace un réseau de pics évoquant une topographie montagneuse, tandis que les oeuvres assemblées au centre composent un couloir comme une vallée traversée par un cours d'eau. Au-delà de la symbolique géographique évidente, ce qui devient intéressant est la façon dont les artistes parviennent à nous impliquer dans le cheminement d'une promenade. L'installation est traitée globalement ­com­me un paysage qui se développe jusqu'au plafond avec une projection d'images et se déploie en fragment avec des plates-formes suspendues, des maquettes, des vidéos. Le regard circule entre les objets détournés, happé constamment par des détails. Dans ce large éventail de ce que les artistes nomment des «captations poétiques, documentaires et plastiques» se créent des analogies.
Sur le grand mur du fond, un immense dessin de Pascale Favre s'étend sur quinze mètres de haut. Le graphisme sobre, fait de grandes envolées de lignes noires, se lit comme la cartographie de leur trajet, évocation d'un probable parcours. La représentation ponctuée par des repères rouges cadre une projection vidéo réalisée par Thomas Schunke. Parmi les images apparaît, un peu comme un écho, un de ces points rouges sur la borne d'un chemin pédestre. Le dessin offre ainsi en deux dimensions une autre perception du paysage relaté dans la projection. Ce mur constitue du reste l'oeuvre pivot de l'exposition, il peut être vu de toutes les directions et reprend plusieurs détails formels des pièces de l'installation. Comme ce plateau cimenté d'un terrain de golf dont la sinuosité se retrouve en plexiglas, une surface dont la transparence et la légèreté suggère plutôt la délicatesse d'un plan d'eau. Ces jeux de signes nous invitent à un dialogue entre le paysage réel et celui que l'on s'invente.

Rêve et recyclage
Pascale Favre est intervenue dans le montage vidéo avec des textes pour scander certaines séquences et décaler notre attention de la simple contemplation. L'évocation des souvenirs par l'écrit est un aspect aussi significatif de son travail. Le film de Thomas Schunke compile ses observations, une approche subjective où le mouvement du regard se confond avec celui de la caméra. Les images sont associées à des sons parfois tenus ou bruyants des avions de chasse, on entend des bribes de discussion, un essoufflement lors d'une marche, ou simplement un silence. Les séquences fixent l'émotion face à un beau paysage ou à l'envol d'un oiseau, tout à coup la rêverie se brise par la violence d'un bruit, s'ensuit un déplacement de la caméra: autoroute, ciel, plan éloigné, plan rapproché, le vent se lève et le temps s'accélère.
Le duo d'artiste n'aborde pas seulement la confrontation entre l'homme et la ­nature, mais exprime aussi notre rapport imaginaire à cet environnement, la fiction en fait partie, tout comme les stéréotypes. ‹Mon rêve› est un chalet suspendu, perché sur rien, les murs sont en dentelle et les fenêtres du toit s'ouvrent sur le ciel. Un décalage dérisoire et poétique de notre vision du paysage alpin, et plus particulièrement au Valais. L'une des maquettes de Pascale Favre montre magnifiquement l'utopie de cette perception avec un ensemble de petites cabanes en bois clair ­posées en équilibre précaire sur des montagnes sombres. Le jeu de contraste simple et la fragilité sont des éléments qui se retrouvent dans plusieurs de ces oeuvres, comme dans cette série de dessins où elle représente dans le détail des fleurs à l'encre de Chine. Mais là les lignes se superposent à des arrondis de couleurs pour affirmer un monde de signes qui se répondent d'une représentation à l'autre.
Les objets et fragments récupérés de leurs excursions sont recyclés, et pour ­Thomas Schunke l'humour n'est jamais très loin. ‹La Bise noire› donne la direction du vent avec une manche d'anorak, tandis qu'un sac de montagne joue la ‹Tortue des alpes›, plus surprenant est ce ‹Champ de brosses à dents› sur le sable du Rhône...
À ces assemblages improbables s'ajoutent parfois des sons: la percussion est présente grâce à des pierres sonores, c'est du reste autour de la musique expérimentale et de lectures-performances que les deux artistes ont entamé une collaboration.
Nadia El Beblawi, critique d'art, web éditrice, vit à Bâle, nadia.elbeblawi@gmx.ch

Bis: 13.12.2015



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Ausgabe 12  2015
Ausstellungen Pascale Favre, Thomas Schunke [04.10.15-13.12.15]
Institutionen Ferme-Asile [Sion/Schweiz]
Autor/in Nadia El Beblawi
Künstler/in Pascale Favre
Künstler/in Thomas Schunke
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