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Fokus
4.2016


 Le projet de François-Xavier Rouyer nous plonge dans une fiction articulée comme un open movie dont la narration échappe aux schémas traditionnels. À la croisée du cinéma, de la mise en scène théâtrale et des arts visuels, l'installation propose un scénario éclaté proche de notre manière de visionner un film à l'ère du tout numérique.


Hotel City - Proclamation d'un nouveau cinéma


von: Nadia El Beblawi

  
links: Hotel City, Conception et réalisation de François-Xavier Rouyer, Conception du logiciel, interface numérique d'Andrew Sempere, Scénographie d'Hervé Coqueret, Montage de Frédéric-Pierre Saget, Collaboration artistique et administrative de Mathias Brossard. Photo: Nora Rupp
rechts: Hotel City, Conception et réalisation de François-Xavier Rouyer, Conception du logiciel, interface numérique d'Andrew Sempere, Scénographie d'Hervé Coqueret, Montage de Frédéric-Pierre Saget, Collaboration artistique et administrative de Mathias Brossard. Photo: Nora Rupp


‹Hotel City› est le quatrième projet porté par le Centre d'art de La Chaux-de-Fonds qui a ouvert ses portes en février 2015. La jeune institution préfère le nom de Quartier Général, elle se veut rassembleuse et tient à soutenir l'intérêt de la région pour des rencontres et des expérimentations artistiques contemporaines. Le QG loge dans les anciens abattoirs de la ville laissés pratiquement en l'état depuis son inauguration en 1906. Le cadre est unique. Et l'espace atypique de l'ancien hall d'abattage sert parfaitement le projet mené par François-Xavier Rouyer qui l'a transformé en une immense salle de vidéosurveillance laissée à l'abandon.
Un chemin de bois surélevé entoure la salle, un peu comme le parcours des rails aériens qui servaient autrefois à suspendre les bestiaux et qui sont encore présents au plafond. Un grand écran projette un film tourné avec des acteurs. Accaparé par ce qu'ils disent, on comprend rapidement qu'il s'agit d'une énigme ou d'un complot, peut-être même de la préparation d'une révolution. On saisit aussi que la projection est fragmentée, incomplète, et que certains éléments de cette fiction se trouvent parmi les appareils qui nous entourent.
La pièce est un capharnaüm de papiers, telles des fiches d'information dont l'archivage impossible est inutile, qui sont déversés par une imprimante placée en hauteur à la fin de chaque séquence des textes, réflexions, éléments de l'énigme, extraits littéraires en rapport avec la scène. Le sol se recouvre ainsi de feuilles qu'on lit, ignore, jette à nouveau ou dépose sur un meuble. Une carte géographique tactile présentée sur une table lumineuse sert à repérer les lieux des actions, un ordinateur équipé de casques audio permet de naviguer sur cette carte et de sélectionner une nouvelle suite d'images en lecture privée, un autre poste offre la possibilité de faire des recherches particulières dans Wikipédia ou avec des applications comme You­Tube. Sur des petits moniteurs situés dans une salle aménagée derrière le grand écran, nous pouvons visionner des points de surveillance de la ville avec de longs plans fixes de type Google Street View.

La mutation de l'Axolotl
L'installation fonctionne continuellement, même sans intervention. Le visiteur peut librement choisir de, simplement, s'asseoir et regarder le film ou fouiner pour comprendre l'énigme et bien sûr échafauder des suppositions avec d'autres visiteurs. Les séquences diffusées sur le grand écran suivent un montage procédural qui s'apparente aux jeux où le hasard est cadré par des règles qui permettent une forme de cohérence, même si l'enchaînement est chaque fois différent. L'installation est techniquement pointue et fait appel à un travail d'équipe.
Comme l'affirme Rouyer, l'installation est pensée comme un film éclaté, une fiction fragmentaire, lacunaire et en même temps comme une fiction continue, en perpétuelle reconstruction. Un peu comme l'Axolotl auquel l'une des scènes fait référence. Celle-ci reproduit une conférence sur cet animal amphibien qui a la particularité de régénérer ses organes endommagés ou détruits. Une interprète traduit le discours de la conférence dans le langage des signes. Mais on devine aisément qu'elle ne transpose pas les informations de la scientifique, mais qu'elle délivre un tout autre message. D'ailleurs on reconnaît des spectateurs liés au complot car certaines séquences nous ont appris qu'ils sont là uniquement pour écouter le message délivré par l'interprète. Tous les ressorts du récit classique sont présents. L'intrigue est là sans être véritablement cernée, elle évolue continuellement et ne se résout ­jamais. La compréhension reste libre a contrario d'un film de cinéma classique. L'oeuvre est mutante. Une compréhension ouverte qui n'est pas sans rappeler la dérive urbaine prônée par les Situationnistes auxquels Rouyer se sent proche.
Bien que l'influence cinématographique soit évidente, notamment celle de Francis Coppola dans ‹Conversation secrète›, 1974, ou ‹Blow Out›, 1981, de Brian De Palma - on découvre même ici et là des images tirées de ‹Fallen Angel›, 1945, d'‹Otto Preminger› -, ‹Hotel City› fait référence à ‹Instant City›, un projet utopique d'une ville nomade imaginée par les architectes anglais d'Archigram à la fin des années 1960. L'idée était de créer une métropole itinérante qui se superpose, le temps d'un instant, aux espaces de communication d'une ville existante. Le projet de Rouyer, initié en 2014 à l'occasion des dix ans de La Manufacture de Lausanne, a été tourné une première fois dans la ville vaudoise avec une cinquantaine d'acteurs de la Haute École de Théâtre. L'objectif de l'artiste est d'alimenter le film avec de nouvelles séquences inspirées par la ville d'exposition, sans pour autant caractériser l'endroit ou créer la même installation. À La Chaux-de-Fonds les scènes seront tournées, puis montées devant le public en cours d'exposition. L'artiste construit ainsi progressivement une ville imaginaire, générant une fiction à travers une sorte de ‹ville-monde›.

Utopie critique
La lecture de l'oeuvre se calque sur notre appréhension dun film sur Internet, un visionnement bien souvent fragmenté. L'auteur apprécie cette déconstruction, parce qu'elle permet de relier, de réfléchir, d'élargir sa réflexion et bien sûr de reconstruire. Pourtant la fiction n'est qu'un des enjeux d'‹Hotel City› qui interroge aussi l'aspect pernicieux des nouvelles technologies de communication, comme la surveillance renforcée des lieux publics, l'enregistrement systématique de nos traces laissées sur Internet et les prises de vues aériennes faites par des drones en main privée ou gouvernementale. Une inquiétude qui prend des allures sémantiques, lorsque la protection devient de la surveillance et finalement un contrôle. De plus la donne change à l'ère de l'enregistrement et de l'archivage systématique. Rouyer s'inspire du ‹film d'une ville entière› évoqué par Grégoire Chamayou dans son essai ‹Théorie du drone›, 2013, où le fantasme serait de choisir des extraits, revenir en arrière, rejouer une scène, ou passer en avance rapide. Naviguer à sa guise, non seulement dans l'espace, mais aussi dans le temps.
Nadia El Beblawi, critique d'art, web éditrice, vit à Bâle. nadia.elbeblawi@gmx.ch


Bis: 10.04.2016


François-Xavier Rouyer (*1985, Meudon, France) vit en France et en Suisse

2015 Présentation d'‹Hotel City› au New-Now festival, Amsterdam
2014 Réalisation et première présentation d'‹Hotel City› à La Manufacture, Lausanne
2012-2013 Formation à la mise en scène de théâtre, La Manufacture, Lausanne

Réalisation de courts-métrages
Écriture et mise en scène de plusieurs pièces de théâtre
Études de cinéma (Master de cinéma à Paris III) et de théâtre (ESAD)



Links

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Ausgabe 4  2016
Ausstellungen Hotel City [19.02.16-10.04.16]
Institutionen Quartier Général [La Chaux-de-Fonds/Schweiz]
Autor/in Nadia El Beblawi
Künstler/in François-Xavier Rouyer
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