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Fokus
7/8.2016


 Pour sa cinquième édition, la triennale ‹50JPG - 50 jours pour la photographie à Genève›, est fidèle à sa (déjà) tradition, à savoir ‹explorer une problèmatique sociopolitique contemporaine spécifique›. Cette année, les systèmes de contrôle de nos sociétés sont au coeur des démarches artistiques présentées sous l'intitulé ‹Caméra(Auto)Contrôle)›.


Les 50JPG - Sous haute surveillance


von: Françoise Ninghetto

  
links: Gianni Motti · I'm not on Facebook, 2009, acrylique sur bâche, 105x204 cm, Courtesy Galerie Perrotin, Paris
rechts: Harun Farocki · Gefängnisbilder (Prison images), 2000, vidéo, 60', Courtesy GbR


‹I'm not on Facebook›: en accrochant en ouverture de l'exposition ‹Camera(auto)contrôle› cette déclaration d'opposition de Gianni Motti aux réseaux sociaux, Joerg Bader, directeur du Centre de la photographie, opte d'entrée de jeu pour une position critique. Critique de l'omniprésence d'une surveillance qui ne s'annonce pas forcément comme telle. Si certains modes de contrôle sont devenus ‹classiques›, d'autres - conséquence de la mutation numérique - ont eu le temps de s'infiltrer dans nos vies avant que nous ayons réellement pris conscience de la transformation en profondeur qu'ils opèrent. Mais les anciens modèles du 20e siècle continuent de cohabiter avec les nouvelles logiques. Aussi les oeuvres rassemblées dans l'exposition interrogent ‹le monde contaminé par le mode de vie occidental, tout en gardant quelques renvois à l'ancien régime de surveillance›. Cet ‹ancien régime› appartient encore au domaine du visuel, que le dispositif du panoptique - cette architecture carcérale, imaginée par Jeremy Bentham à la fin du 18e siècle, qui permet à un gardien, placé dans une position centrale, d'observer les prisonniers sans que ceux-ci ne puissent savoir à quel moment ils sont regardés - incarne parfaitement.

Double numérique
De photographie au sens le plus strict du mot, il n'y en a pas beaucoup dans cette exposition de la triennale des ‹50 jours pour la photographie à Genève›. Le médium est largement débordé par la thématique et les notions développées qui peuvent ‹paraître quelque peu paranoïaques dans un premier temps›. Paranoïaque? Lorsqu'on apprend, en ce mois de juin 2016, que Microsoft acquiert Linkedin, la plateforme de réseautage professionnelle, pour la coquette somme de 26,2 milliards de dollars américains? Ainsi celui qui contrôle la majorité des systèmes d'exploitation d'ordinateur possède maintenant l'accès à notre double numérique professionnel. Nos CV en ligne et nos contacts offrent une vision unique sur le marché de l'emploi dans le monde... De Linkedin, il en est d'ailleurs question dans le travail de Aram Bartholl, ‹Forgot your Password›, 2013, qui présente en huit beaux livres les 4,7 millions de mots de passe décryptés et imprimés par ordre alphabétique, conséquence du piratage du réseau professionnel durant l'été 2012 qui avait alors perdu la totalité des données de ses utilisateurs. En y repensant, l'analyse menée par le juriste critique Bernard Harcourt dans un ouvrage paru récemment, ‹Exposed› (Havard University Press, 2015) sur la manière dont le pouvoir circule aujourd'hui nous paraît d'une acuité décisive. Car nous ne faisons plus face à un Big Brother, ce sont les nouvelles technologies qui nous séduisent et exacerbent le désir qui parviennent ainsi à nous suivre, à détecter notre double numérique (analysable par la machine) et rendent ainsi possible la surveillance. Il s'agit pour Harcourt de chercher des formes de désobéissance pour résister à la séduction numérique. Tâche immense tant la séduction est constante...

Souriez, vous êtes filmés
On ne trouvera guère, dans l'exposition, de ‹solutions› pour échapper aux sirènes technologiques. Si l'on en croit la correspondance courrielle de Léa Farin, ‹Autoportrait›, 2016, il faut une volonté et une persévérance obstinée pour parvenir à effacer toutes les images de soi diffusées sur l'Internet. Peut-être faut-il se référer à la pessimiste lucidité d'Enrique Fontanilles, ‹Recognition›, 2016, qui ‹aime à imaginer ce que nous allons inventer pour passer inaperçus et surtout non reconnaissables, afin de continuer à faire ce que nous voulons: ni vu - ni connu›.
Les caméras de surveillance sont au centre de la plupart des démarches des artistes exposés. Qu'elles soient accrochées à maints endroits dans les espaces publics, dans les rues, les parkings, les grands magasins, elles enregistrent continûment le passant, le promeneur comme le malfrat perpétrant un casse. Elles forment une source infinie d'images qui, brutes ou retraitées, remontées, donnent la mesure de cet envahissement que tout le monde connaît mais n'y prend plus garde. Ou, surpris de se trouver filmé par une webcam - devant la tombe d'Andy Warhol - il fixe la caméra et, dans un clin d'oeil inconscient, atteint les ‹15 minutes de célébrité› énoncé par Warhol... (Jérôme Leuba, ‹Battlefield #109/Pittsburg›, 2016). Le visiteur de l'exposition en fait également la peu agréable expérience - être filmé sans voir les caméras mais se découvrir sur des écrans alors qu'il pense rêver devant un jardin zen (Guillaume Désanges et Michel François, ‹Pavillon du contrôle (Le Jardin Zen)›, 2013.
Mais c'est peut-être ‹Gefängnisbilder (Prison Images)›, 2000, une vidéo d'Harun Farocki (cinéaste, critique, théoricien décédé en 2014) qui témoigne le plus fortement de la montée en puissance des dispositifs de contrôle. Les images qui composent cette vidéo sont tirées de films de fiction (‹Un condamné à mort s'est échappé› de Robert Bresson, ‹Un chant d'amour› de Jean Genet), de documentaires de la période nazi et des séquences de caméras de surveillance. Le cinéma, disait Farocki a toujours été attiré par les prisons dans lesquelles les gardiens lorgnent les comportements devenus déviants des prisonniers. Aujourd'hui, ce sont les caméras de surveillance qui enregistrent ces faits et gestes, et les prisons en sont truffées. ‹Gefängnisbilder (Prison Images)› montrent ces images sans relief, monotones qui témoignent de l'état d'inactivité dans lequel sont placés les prisonniers comme mesure punitive. Et des déviations qui naissent de cette norme dans les prisons de haute sécurité américaines.
L'inventivité dans le domaine des caméras est suffisamment dynamique et varié pour qu'on les retrouve aussi bien dans des usages liés à la vie privée que, fixés à des drones, pour la surveillance militaro-policière. Projetées, les images revêtent incroyablement un aspect fictionnel, découvrent un paysage magnifique. Et pourtant de quelle réalité elles peuvent témoigner! Composé de prises de vues réalisées depuis 11 points le long de la frontière entre les États-Unis et le Mexique, ‹As the Coyote Flies›, 2014, d'Adrien Missika nous fait circuler à basse altitude dans un très beau paysage alors qu'il est le lieu de tant de tragédies.
C'est avec un réel soulagement qu'ensuite on regarde le bras désordonné, quasi affolé d'une caméra de surveillance hors contrôle filmée par Rubens Mano, ‹Análise de Sistemas›, 2013: on en viendrait à souhaiter l'infiltration d'un esprit malin capable d'un dérèglement généralisé...
Françoise Ninghetto, historienne de l'art, conservateur. f.ninghetto@bluewin.ch

Bis: 31.07.2016


‹Caméra(auto)Contrôle›, exposition dans le cadre des ‹50JPG - 50 jours pour la photographie à ­Genève›, triennale organisée par le Centre de la photographie Genève. Curateurs: Joerg Bader et Sébastien Leseigneur. Cpg-Genève et 35 lieux partenaires IN (qui déclinent la thématique et OFF (sans lien avec le thème)



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Ausgabe 7/8  2016
Ausstellungen 50JPG - caméra(auto)controle [01.06.16-31.07.16]
Institutionen Centre de la Photographie Genève [Genève/Schweiz]
Autor/in Françoise Ninghetto
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