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Fokus
12.2016


 La relève de la manifestation genevoise née au milieu des années 1980 semble bien acquise. Cette seconde édition menée par le directeur du Centre d’Art Contemporain confirme son rôle de soutien à la production. Portée par une direction artistique exclusivement féminine, la BIM 2016 prête l’oreille aux expressions des femmes, mais pas seulement.


15e Biennale de l'Image en Mouvement - Identité retrouvée


von: Nadia El Beblawi

  
links: Wu Tsang · Duilian, 2016, Vue de l'installation au Spring Workshop, Hong Kong, Courtesy Galerie Isabella Bortolozzi, Berlin. Photo: MC
rechts: Karimah Ashadu · Red Gold, 2016 (still)


De nombreuses turbulences ont marqué les débuts d'Andrea Bellini, à la tête du CAC depuis septembre 2012. La reprise de la BIM en a fait bien sûr partie. Le challenge étant de faire revivre une manifestation pionnière de l'art vidéo fondée en 1985 par André Iten et promue par le Centre pour l'Image Contemporaine qu'il dirigeait jusqu'en 2008. Celle-ci avait amorcé une réflexion incontournable sur le film expérimental, estimé alors en marge du marché de l'art. Aujourd'hui, les possibilités du multimédia ont propulsé le développement artistique de l'image en mouvement à l'avant-scène tandis que les nouvelles technologies ont déjà accompagné une génération d'artistes et de visiteurs. À l'ère où tout un chacun peut visionner un film sur son ordinateur, l'événement a dû être repensé, réinventé et réorganisé. Histoire de créer ce que le directeur nomme une ‹fenêtre sur le contemporain, la biennale se devait de participer activement à la création en jouant les rôles de commanditaire et de promoteur de projets, et devenir ainsi une plateforme attractive autant pour le public genevois qu'international. C'est dans cet esprit que les oeuvres ont été présentées lors de la semaine inaugurale, avec à la clé cette année le prix international d'encouragement à la jeune production ‹Generations›, où figurent parmi les dix nominés trois films suisses. Vidéos, documentaires, danse et performance se sont déployés dans plusieurs lieux de la ville, pour se prolonger par une exposition des installations multimédias au CAC et au Mamco.

Le corps
Ni titre, ni thème. La BIM 2016 confirme le choix amorcé en 2014 de donner carte blanche aux artistes. C'est donc librement que les trois commissaires d'exposition réunis par Andrea Bellini ont sélectionné les artistes. Trois femmes et trois horizons culturels ont façonné cette édition. Cecilia Alemani, qui sera commissaire du Pavillon italien de la Biennale de Venise en 2017, est curatrice à New York. Caroline Bourgeois, native de Vevey, a une carrière liée à la Pinault Collection pour laquelle elle a construit et promu la collection vidéo. Quant à Elvira Dyangani Ose, elle est curatrice et chargée de cours pour les cultures visuelles à la Goldsmiths University of London. Ce sont des regards où domine la mixité des cultures et où le corps parle, en plus de l'identité, des histoires façonnées par les idéologies.
On appartient à son temps et les artistes aussi. Même sans orientation thématique, il se dégage de l'ensemble bien évidemment des préoccupations récurrentes à notre époque. Particulièrement intéressant est le questionnement autour de la notion de genre, celle du corps féminin et bien sûr du pouvoir. Que ce soit lors d'un travail de performance ou d'une installation cinématographique.
Le réalisateur californien Wu Tsang habitué à interroger la construction identitaire, notamment par une apparence transgenre, a proposé une collaboration avec la performeuse Boychild et dévoilé un film sur les confusions historiques qui ont mené une poétesse révolutionnaire chinoise, Qiu Jin (1875-1907), à être exécutée, puis anoblie. Pour cela, il expérimente une forme orale de la littérature chinoise pour raconter la relation amoureuse qu'elle tisse avec un calligraphe au tournant du ­XIXe siècle. Les artistes installées à Berlin, Pauline Boudry et Renate Lorenz, quant à elles thématisent dans leur film l'expérience agressive d'être mis sous silence et le silence comme acte de résistance. Le mutisme a décidément un caractère bien féminin, puisque l'oeuvre de Phoebe Boswell marquée par ses origines africaines s'intitule ‹Mutumia› qui veut dire ‹celle dont les lèvres sont scellées›. L'artiste anglaise compose une ode aux femmes, à l'aide d'une installation multimédia et de dessins qui montrent le corps féminin utilisé comme arme de résistance.
L'exploitation des ressources humaines et naturelles à travers le monde est également une préoccupation importante. Salomé Lamas se joue des frontières entre le documentaire et la fiction pour faire le portrait d'une ville péruvienne de haute altitude située aux abords d'une mine d'or. Dans cette installation vidéo, l'artiste portugaise joue subtilement du récit, du souvenir et de l'histoire. Indéniablement liée à la notion de traumatisme, l'histoire se retrouve dans plusieurs films. Pour l'Anglaise Karimah Ashadu, le colonialisme et ses conséquences accompagnent une réflexion sur les sentiments d'indépendance qu'elle exprime notamment par une utilisation expérimentale du positionnement et du mouvement de la caméra. L'actualité du tourisme de masse et ses dérives ont inspiré la Française Bertille Bak dans une installation mettant en regard trois communautés de Thaïlande, du Maroc et de Camargue. Son projet interroge l'identité en mettant au pilori ces sortes de réserves artificielles que constituent des villages construits aux abords des villes et destinés à illustrer la vie traditionnelle d'autochtones. Repas, danse, artisanat et selfie en costumes folkloriques étant de mise.

La mondialisation
La performance est au coeur de nombreux projets cinématographiques. Cally Spooner part d'abord de l'écriture, car la Londonienne considère son travail aussi comme celui d'un écrivain. Ce sont des lectures qui lui inspirent ses scripts, puis elle choisit des extraits, les annote, les mêle à ses pensées et en tire finalement un montage auquel elle donne sa voix et son corps. La démarche de Tracey Rose s'imprègne également de ce médium, l'artiste sud-africaine s'intéressant plus particulièrement à la cartographie du mouvement, aux codes et aux stéréotypes de la gestuelle. Des histoires de gestes, proche d'un rituel, qui transforment l'oeuvre en une expérience et apporte une nouvelle dimension plus sensorielle. C'est que les temps changent et c'est probablement cette temporalité particulière de l'image que recherche le public qui, selon les chiffres de 2014, s'est déplacé à plus de 5000 visiteurs uniquement pendant la semaine inaugurale. Ce que montre par contre l'édition 2016, c'est qu'en dehors de Pipilotti Rist et des Anglaises Gillian Wearing et Elizabeth Price, il existe toujours plus de femmes dans cet art de l'image devenu aujourd'hui une expression majeure.
Nadia El Beblawi, critique d'art, web éditrice, vit à Bâle, nadia.elbeblawi@gmx.ch


Bis: 29.01.2017


La Biennale de l'Image en Mouvement 2016, exposition au Centre d'art contemporain: Sophia Al-Maria, Karimah Ashadu, Trisha Baga, Hicham Berrada, Brian Bress, Loulou Cherinet, Tracey Rose, Wu Tsang, Kerry Tribe, Cinthia Marcelle & Tiaga Mata Machado, Loulou Cherinet, Emily Wardill. Et au Cinema Dynamo (en boucle, in loop): Massimo D'Anolfi & Martina Parenti, Alessio Di Zio, Bodil Furu, Jenna Hasse, Emilie Jouvet, Evangelia Kranioti, Boris Mitic, jusqu'au 27.1.; expostition au Mamco: Bertille Bak, Phoebe Boswell, Pauline Boudry & Renate Lorenz, Cally Spooner, Alessio Di Zio, jusqu'au 29.1.
La BIM circulera ensuite en Europe, aux Etats-Unis et en Asie.
Le prix international d'encouragement ‹Generations› est destiné à soutenir de jeunes réalisatrices et réalisateurs diplômés d'écoles d'art et de cinéma. La bourse d'un montant de CHF 10'000 est destinée à la production d'un projet présenté en première lors de la Biennale de l'Image en Mouvement 2018.



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Ausgabe 12  2016
Ausstellungen Biennale de l'Image en Mouvement [09.11.16-29.01.17]
Institutionen Centre d'Art Contemporain [Genève/Schweiz]
Institutionen Mamco Genève [Genève/Schweiz]
Autor/in Nadia El Beblawi
Link http://biennaleimagemouvement.ch
Weitersenden http://www.kunstbulletin.ch/router.cfm?a=161126122938ASF-6
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