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Fokus
1/2.2017


 La nouvelle équipe de l'espace d'art contemporain Forde, Nicolas Brulhart and Sylvain Menétrey, a invité Axelle Stiefel à développer un projet qui affirme la pratique de cette jeune artiste pour qui l'exposition prend la forme d'une situation qui se crée par l'expérience vécue.


Axelle Stiefel - Penser l'exposition en tant que dispositif


von: Françoise Ninghetto

  
‹Das Herz, 7'37''›, vidéo, crédits : Directed by Axelle Stiefel, Soundtrack by Patchfinder, Produced by Basic Publishing Strategy


Une question fondamentale de l'art est celle de la forme et certaines pratiques artistiques, en pointant ce problème, nous signifient que la forme ne réside pas dans un objet mais est un moment d'attention. C'est sans doute de ce côté-là des choses qu'il faut regarder en abordant les propositions d'Axelle Stiefel. Précis et méticuleux, son travail se construit sur le mécanisme narratif où le visiteur est pris dans un récit dont les éléments sont à première vue d'une hétérogénéité irréductible mais qui se découvre progressivement comme étant le résultat d'une chaîne d'associations et de relations entre les parties. Leur succession (film, réalisations textiles ou photographies) enrichit les différentes couches structurelles de son travail plutôt que de le rendre confus. Car il y a entre eux un ‹fil rouge› comme elle le remarque pas tout à fait incidemment dans la conversation (le rouge, nous y reviendrons). Aussi incidemment, me vient à l'esprit le travail de d'Edward Krasiński (Loutsk, Pologne, actuellement Ukraine, 1925-Varsovie 2004) qui, pour réduire la sculpture à une simple ligne, avait introduit en 1969 la bande adhésive bleue qu'il a utilisée jusqu'à la fin de sa carrière pour unifier les objets et l'espace: «Je place la bande à une hauteur de 130 cm partout et sur tout. J'englobe ainsi toute chose et je vais partout.» Le rapprochement avec la ‹ligne rouge› d'Axelle Stiefel n'est que furtif car elle n'a pas de réelle visibilité physique (ou sculpturale), elle a plutôt à voir avec le langage et les jeux de mot qu'elle peut évoquer. Mais néanmoins, elle apparaît clairement sur certains ‹objets›, dessinée ou tissée.

A l'origine, le fil
A l'origine, un objet banal, ordinaire et largement utilisé dans de nombreuses régions, le torchon de cuisine. La présence d'un fil rouge sur les torchons, a remarqué Axelle Stiefel, est extrêmement fréquente, qu'il soit ligne unique, délimitant des carreaux ou soulignant la trame du tissu. Cristallisant cette observation comme point de départ d'une réflexion sur le savoir-faire des femmes, elle s'est intéressée à l'impression sur textile - occupation éminemment féminine - une technique artistique considérée comme mineure, renvoyée à l'artisanat et à la domesticité. Depuis plusieurs années, elle poursuit des recherches de différentes techniques - teinture, linogravure, sérigraphie - qui, tout en conservant le motif du fil rouge, se juxtaposent, se superposent en images, textes et dessins. De la ligne rouge du torchon au textile, du domestique à la mode, le fil est continu: Axelle Stiefel s'est constitué une vaste collection d'images de mode ‹Les Vogues›. Ces photographies de mannequins prises lors de défilés récents, circulant abondamment sur Instagram, révèlent étonnamment la présence récurrente d'un tracé rouge, plus ou moins discrètement, sur ces vêtements «de marque». Curieuse recherche que l'artiste mène là! mais qui montre aussi de manière sous-jacente le lien qui s'est établi ces dernières années entre l'art contemporain et la mode (au sens large) et qui n'est pas toujours, tant s'en faut, de meilleure augure pour les jeunes artistes.
Parallèlement à son exploration du textile, au sens réel et concret, qu'il soit domestique ou élégant, Axelle Stiefel n'a pas tardé à faire du tissage, de ce savoir-faire des femmes, un usage métaphorique: le tissage, les fils du récit, le livre, mais aussi l'empreinte, la seconde peau. Et, portée par son intérêt pour la mer et les bateaux, la voile (est-ce un hasard si l'âme de la corde du marin sur lequel le reste se tisse s'appelle aussi le fil rouge?...). Fragile, mais résistante, la voile est une «surface de perception» comme l'est notre peau. Pliée, formant une pile en contrepoint des tissus imprimés par l'artiste ou largement étendue, structurant l'espace d'exposition comme elle pouvait conquérir l'espace dans le vent marin, la voile peut s'imposer au visiteur, déterminer son parcours et devenir écran de projection.
Rouge aussi, la vidéo, ‹Das_Herz_7'37''›, endossant la fonction d'un trailer sur la page d'accueil du site web de Forde en annonçant l'ouverture de l'exposition. Simple bande-annonce? Certainement pas! Qu'il tourne sur le site web et les réseaux sociaux, plusieurs semaines avant le vernissage, comme un clip, en quelque sorte, qui se répandrait comme une rumeur, est une manière d'étirer le temps de l'exposition et donc d'en questionner la temporalité et la limitation spatiale. Son autonomie en tant que film était d'autant plus patente que le site web de Forde se déclinait encore au futur, le duo de programmateurs étant fraîchement nommé. Rappelons que Forde est un espace d'art contemporain fondé au sein de l'Usine en 1994 par un trio d'artistes. Tous les deux ans le Comité sélectionne une nouvelle équipe de direction: Nicolas Brulhart and Sylvain Menétrey en constituent la 13e.

Temporalité étendue
Le cinéma est un pôle fort du travail d'Axelle Stiefel, de ses références comme de son mode de production. La légende accompagnant la vidéo ‹Directed by Axelle Stiefel, Soundtrack by Patchfinder, Produced by Basic Publishing Strategy› indique très clairement sa manière de considérer son travail et d'où elle nous l'adresse: elle se place en tant que réalisatrice au sein d'une petite équipe. Un texte qui, au fil des échanges avec le musicien, est mis en son, devient chanson et engendre des images... ‹Das Herz› est un plan-séquence du remous de l'eau à l'arrière d'un bateau. Le cadrage ne change pas et le bateau garde le même cap. La durée du film est celle d'une chanson composée par le musicien électronique Patchfinder à partir du poème ‹Das Herz› du grand poète lyrique allemand, Georg Trackl (1887-1914). La musique, a tempo des battements du coeur accompagne la voix ‹Das wilde Herz ward weiß am Wald / O dunkle Angst / Des Todes, so das Gold / In grauer Wolke starb› et se développe suivant sa propre rythmicité. La coexistence de l'image colorée de rouge, du son et du texte confère au film un fort pouvoir d'évocation - les flots, le sang, la mer, la caméra, le mouvement - au centre duquel le coeur, physique, intime, métaphorique, apparaît comme un noyau d'énergie vitale irréductible. Aussi inquiétant que résistant!
Le travail d'Axelle Stiefel induit des questions et des problématiques qui disséminent les catégories habituelles des champs artistiques sur un principe d'énergie. Elle invite à déborder notre potentiel réceptif par les dimensions du champ d'expériences qu'elle nous invite à concevoir. Elle met en place un dispositif qui permet le mouvement, le passage, la circulation des idées, le flux des informations et des réflexions. Il diffracte l'espace et le temps, créant un espace fluide dans lequel le spectateur participe de la logique de l'exposition.
Françoise Ninghetto, historienne de l'art, conservateur. f.ninghetto@bluewin.ch

Bis: 28.01.2017


Axelle Stiefel (*1988, vit à Bruxelles depuis 2011)

2013 Résidence au Wiels à Bruxelles; co-dirige l'exposition ‹Seigneur, accorde à l'esprit un crédit à la production›, Circuit, Lausanne.
2014 co-commissaire de l'exposition ‹Pocari Sweats›, galerie Truth and Consequences, Genève.
Depuis 2016, elle intervient régulièrement à l'ENSAPC de Paris, à l'invitation de Federico Nicolao pour l'arc d'enseignement ‹Lire dans les choses›, et signe en parallèle un projet de performances sonores sous le nom de ‹The Operator›.



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Ausgabe 1/2  2017
Ausstellungen Axelle Stiefel [20.12.16-28.01.17]
Institutionen Forde [Genève/Schweiz]
Autor/in Françoise Ninghetto
Künstler/in Axelle Stiefel
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