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On pourrait dire du travail de Guillaume Pilet qu'il oscille entre la quotidienneté immédiate de la culture populaire et les strates réflexives de la culture savante, ou entre les techniques traditionnelles de l'artisanat et une approche théorique de l'historicité des formes qu'il convoque. Mais ce serait finalement approcher ces extrémités tout en les gardant séparées, et manquer à lire l'hypertexte qui dans le travail de l'artiste articule les uns aux autres: le langage de l'abstraction et l'éloignement de son autorité.
La pratique de l'artiste semble en effet manier un paradoxe, celui par lequel une apparente absence de distance quant à ce que les industries culturelles produisent de vocables nouveaux (titres d'oeuvres ou d'expositions tirés de «hits» de la musique pop, motifs iconiques ou décoratifs issus d'environnements usuels) est mise en mouvement par un jeu d'attentions anecdotiques excédant et mettant à distance la qualité touristique de ces sources (céramiques, photographies, textes, peintures opérant comme souvenirs, là de voyages, là d'objets domestiques, supports à toutes les projections exotiques). Dans les trajectoires que trace l'appropriation de ces sources, Pilet semble s'attarder sur l'endroit où les motifs s'éloignent dans leur récupération industrielle et leur intégration aux cadres personnalisables du catalogue des «arts de vivre». Aussi ses oeuvres manifestent-elles ces mécanismes de reproduction comme des opérations d'abstraction, approche critique à rebours d'un discours moral qui y verrait le spectre menaçant d'une perte d'authenticité. Extrait de «Gran Turismo», Vincent Normand, Cahiers d'artistes Pro Helvetia 2010

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Guillaume Pilet